Kevin Finel: « Notre conscience a très peu de pouvoir »

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Kevin Finel, c’est l’enfant précoce. A 9 ans, il s’intéresse déjà à la thérapie et au changement, allant à la rencontre de conférenciers reconnus dans le milieu, comme Jacques Salomé. « Je l’ai vu comme un magicien », me dira t-il.  

A 14 – 15 ans, il commence à faire de petits stages dans les cabinets de thérapeutes, prenant soigneusement des notes sur leur travail. A 17 ans, il ouvre son premier cabinet d’hypnose et affichera vite complet. Aujourd’hui, Kevin Finel forme des milliers de personnes par an via sa structure, l’Arche, la première école d’Hypnose en France.

Pourquoi décide t-on de consacrer sa vie à l’hypnose? Cette pratique est-elle si fascinante et mystérieuse qu’elle en a l’air? Permet-elle de réellement « manipuler » n’importe qui? Mais surtout, en quoi l’hypnose peut nous aider dans notre épanouissement personnel?

Kevin Finel répond à toutes vos questions dans cet entretien, que j’avoue être l’un des plus passionnants que j’ai eu la chance d’écrire.

Comment expliquez-vous cet intérêt que vous avez porté aussi jeune à l’hypnose?      

Je vais sans doute le dire avec des mots qui ne sont pas du tout ceux que j’aurais pu avoir à l’époque, en tant qu’enfant ! Je crois que je ressentais que trop de choses m’échappaient, se jouaient en dehors de la conscience : les conditionnements, croyances limitantes et autres émotions négatives me faisaient l’impression d’une prison. Ça générait un sentiment d’impuissance et de frustration : l’hypnose m’a paru être une manière de dépasser ces cadres et ces limites. Je me disais qu’en apprenant à connaitre mon fonctionnement et celui des autres, j’aurais peut-être la possibilité d’accéder à un plus grand degré de liberté !

A 17 ans, j’ai eu une l’opportunité d’ouvrir mon premier cabinet. Je venais d’avoir mon bac et j’ai rencontré une personne qui faisait du coaching scolaire : en discutant ensemble, elle a trouvé pertinente l’idée d’apprendre aux élèves à prendre confiance en eux. J’ai donc pris ses élèves en consultation pour les aider à gagner en aisance, à ne pas stresser avant un examen et à mieux apprendre. J’ai fait ça bénévolement au début et ça a très bien marché, à tel point que les étudiants m’ont ensuite envoyé leurs parents, leurs amis… Six mois après mes débuts j’avais déjà un cabinet qui tournait à plein régime. Pour rassurer mes parents, je me suis quand même inscrit en fac de droit, mais je savais déjà que mes envies m’amenaient ailleurs…

L’année suivante, j’ai rencontré deux instituts de formation qui m’ont proposé de devenir formateur pour donner des cours d’autohypnose. J’étais étonné qu’on me demande ça à moi au vu de mon jeune âge, mais j’ai immédiatement dit oui, c’était un peu fou (rires). J’ai commencé à animer des journées et week-end de formation et à me déplacer dans toute la France. J’ai ensuite déménagé sur Nice avant de m’installer sur Paris un peu plus tard. C’est dans cette période que j’ai créé une association avec plusieurs amis qui eux aussi pratiquaient l’hypnose. Notre but était de dispenser des formations de qualité à une époque où ce qui existait était encore archaïque et mal construit. Ça a été les prémisses de l’école que je dirige aujourd’hui : l’Arche.

Dans laquelle vous formez des futurs praticiens en Hypnose ?

Oui mais pas seulement. Nous avons un public très varié, et professionnels et de particuliers. Par exemple, l’hypnose s’est de plus en plus en développée dans des domaines thérapeutiques et médicaux, pour l’aide aux opérations et aux accouchements par exemple, et il y a besoin de former tout ce personnel médical. Dans d’autres domaines aussi : l’éducation, la négociation, le management… L’hypnose est une discipline très vaste, qui touche à tous les domaines de la communication.

Même si elle existe depuis très longtemps, l’hypnose a longtemps été perçue comme faisant appel à un don, au pouvoir qu’une personne aurait sur une autre. Depuis quelques dizaines d’années on sait que ce n’est pas, au contraire : l’hypnose est une forme de communication, dont les techniques reposent sur la rhétorique, la linguistique et la compréhension des mécanismes de la pensée et du cerveau.

Il arrive que des personnes maîtrisent plus ou moins ces outils instinctivement, mais on peut aussi les décoder, les apprendre et les transmettre. On utilise l’adjectif hypnotique parfois, lorsqu’on écoute un bon orateur ou encore un bon musicien. Vous savez, quand on sent qu’il y a quelque chose qui nous absorbe, qui nous touche et nous « envoute » – dans le bon sens du terme. C’est à ça qu’on s’intéresse !

Ou quand on regarde la télévision ?

Par exemple oui, même si c’est quelque chose de plus passif… En hypnose on vise des états où les personnes sont actives, impliquées. Quand on est focalisé et absorbé, et quel que soit ce qui déclenche cet état, nos mécanismes cérébraux se modifient, notre rapport à l’information change, nous sommes plus réactifs, plus créatifs…. En hypnose, nous cherchons à reproduire et à amplifier ces états car ils créent une grande flexibilité intérieure, et plus de liberté.

On s’en sert pour favoriser la création d’un changement quand une personne en a besoin, que ce soit pour dépasser un blocage ou pour favoriser un apprentissage par exemple.

On peut aussi arriver à des états bien plus profonds, dans lesquels on amène la personne à être tellement centrée sur elle-même qu’elle sera coupée de la notion du temps et de l’extérieur. Là encore, il y a beaucoup d’applications, notamment dans l’exploration de notre propre inconscient, se connaître soi-même est si important !

Vous dites que l’image de l’hypnose a changé. Mais j’ai l’impression qu’elle est toujours vue par le grand public comme une forme de manipulation. Comment l’expliquez-vous?

Je crois que les médias aiment bien relayer des choses surprenantes et faciles. Ils aiment montrer quelqu’un qui fait n’importe quoi sur scène, qui se conduit bizarrement… c’est marquant et c’est trop souvent ce que le public retient.

Mais tout ça, c’est une mise en scène : les gens le font parce qu’ils ont été sélectionnés pour ça, il y’a tout un contexte qui aide… Ce ne sont pas des choses qu’on peut refaire en consultation avec une seule personne qui a une attente ou un besoin personnel. Un client n’est pas un clown… je trouve même que certains spectacles sont dégradants parfois… mais c’est une autre discussion.

Est-il quand même possible de faire de l’hypnose en collectif ou se pratique-t-elle uniquement en individuel?

On peut la pratiquer en collectif, c’est juste moins précis.

La première chose qu’on apprend en hypnose c’est à observer : comment une personne fonctionne-t-elle ? Comment construit-elle sa réflexion ? Comment séquence-t-elle ses comportements ? Etc.

Ensuite, on se sert de l’observation pour construire une expérience sur-mesure : on n’utilisera pas la même méthode d’hypnose avec une personnalité ou avec une autre.

Donc, si j’ai un groupe de 500 personnes ce que je vais faire aura pour but de toucher le plus grand monde, de balayer large… mais certains se sentiront moins concernés, moins touchés. Alors que si on individualise, on arrive à trouver les bons leviers pour chaque personne.

Un film, par exemple, est une expérience d’hypnose collective : s’il est bon, on « rentre dedans », on se laisse emporter par l’histoire, on vit les émotions des personnages… mais même s’il est excellent, il ne touchera pas 100% du public : c’est la même chose pour l’hypnose.

Vous dites qu’en hypnose on n’endort pas les gens mais qu’on les réveille à eux-mêmes. Pourquoi?

Car notre conscience a en fait très peu de pouvoir. Est-ce que les gens savent s’endormir sur commande? Augmenter leur niveau de confiance quand ils en ont besoin? Évacuer un stress quand c’est nécessaire ? Mémoriser rapidement quelque chose ? Très souvent, quand on essaye de faire tout cela consciemment on n’y parvient pas, ou pire on aggrave le problème : plus l’insomniaque se dit qu’il faut qu’il dorme, moins ça marche. Je pourrais citer des milliers d’exemple de ce type : on a très peu de contrôle sur nous-même, car c’est notre inconscient qui gère tout pour nous.

C’est provocateur de dire qu’on réveille les gens car ça sous-entend qu’ils dorment… ce n’est pas tout à fait ça bien sûr, c’est une métaphore qui pointe le fait qu’il y a énormément d’automatismes et de choses qui sont passives en nous. Dans l’état d’hypnose on « réveille » les gens en recréant de la conscience et de la lucidité là ou d’habitude il n’y en a pas.

Il y a beaucoup de recherches faites sur le sujet, et notamment celles de Michael Gazzaniga, qui a travaillé sur ce qu’il appelle le module interprète.

Des chercheurs en neuroscience ont remarqué qu’il y’avait un décalage entre le moment où on croyait prendre une décision consciente et ce qui se passait dans notre cerveau. Quand nous croyons prendre une décision, notre cerveau l’a en fait déjà prise ! Imaginons, par exemple, que je regarde une carte dans un restaurant : au moment où je pense que je décide de prendre tel ou tel plat, mon cerveau l’a en fait déjà choisi, avec jusqu’à 5 secondes d’avance : c’est considérable !

Réaliser que l’on fonctionne ainsi donne le vertige non ? C’est à la fois passionnant et frustrant, et ça pose la question de notre libre arbitre…

On se pose forcément la question : qu’est ce qui nous fait prendre la décision et qu’est ce qui nous fait donc donner l’impression de prendre la décision ?

Le Travail de Gazzaniga montre qu’après avoir pris une décision à un niveau inconscient, on se raconte ensuite une histoire pour justifier notre choix. C’est ce que fait en permanence ce fameux « module interprète » dans notre cerveau : il nous aide à nous créer une histoire plausible sur ce que l’on est, sur ce que l’on fait et sur ce que l’on choisit. C’est comme si on avait un conteur à l’intérieur de nous !

Pourquoi? Est-ce qu’on l’explique?

Devoir de cohérence. Si notre conscience ne se sent pas cohérente elle panique.

Dans cette vision, le rôle de la conscience est donc à priori de créer une unité, une identité, en reconstituant des faits et en les aménageant. C’est ce qui fait que nous pouvons avoir des faux souvenirs, des déformations et des distorsions et qu’on arrive quand même à les justifier : on tord le réel pour l’adapter à notre besoin de cohérence.

Tant que l’histoire qu’on s’est inventé nous convient, tout va bien, mais si quelque chose vient la remettre en cause c’est plus gênant !

Il y a une théorie amusante à ce sujet : s’il nous arrivait quelque chose de trop inattendu ou étrange, nous ferions sans doute comme si cela n’existerait pas : nous l’évacuerions automatiquement pour ne pas remettre en cause toute notre construction du monde ! C’est invérifiable, par essence… mais l’idée est troublante.

C’est aussi la théorie des croyances : si j’ai une idée reçue, donc une croyance, je vais tout de même tout faire pour la valider, la justifier, et ne pas me remettre en cause. Nos croyances modifient donc nos interprétations et nos perceptions…

Mais une personne qui expérimente l’état d’hypnose va lâcher tout cela : elle ne va plus chercher à rendre cohérente les choses, elle va pouvoir explorer son expérience de vie avec beaucoup moins de subjectivité. Elle n’est plus dans l’attente et le prédéterminé, mais dans la découverte. Il y a de la curiosité et du lâcher-prise et il y a surtout une grande créativité.

L’hypnose est sans doute à la fois bien moins « magique » que ce que les gens imaginent et à la fois bien plus passionnante, tant elle nous amène à nous connaître en profondeur, au-delà de nos habitudes, routines et programmations.

Qu’est-ce qui différencie l’hypnose d’une psychanalyse?

C’est presque l’inverse. Pour faire le lien avec ce que je disais tout à l’heure, la psychanalyse aide les gens à justifier leur histoire encore un peu mieux… Dans un sens c’est bien car ça peut soulager d’avoir une vision cohérente de sa vie…

Ça soulage mais est-ce que ça aide à aller de l’avant?

Je ne pense pas. Mais c’est une croyance que j’ai, je ne suis pas neutre ! (rires). J’ai l’impression que ça fait du bien sur le coup mais je ne crois pas que ça aide les gens à être autonomes : de mon point de vue on reste en surface avec ces techniques. J’ai même l’idée que ça déresponsabilise : dès lors qu’on excuse ce que l’on est par rapport à notre passé, on ne se donne pas tous les moyens d’agir, d’évoluer, au présent. Si j’ai le choix je préfère me dire que ma vie dépend de moi et de mes choix présents, plutôt que de ce que j’ai vécu.

La mémoire n’est pas stockée mais se recrée en permanence. Quand on cherche un souvenir le cerveau recrée une réalité à partir de connexions et associations d’idées. On n’est jamais garanti de la réalité de nos souvenirs, ils se transforment au fur et à mesure du temps. C’est ce qui fait que beaucoup de personnes en psychanalyse se sont créés des faux souvenirs ! Si je te dis « racontes moi ce qu’il s’est passé avec ton père dans ton enfance », tu vas forcément trouver quelque chose. Si je te pousse dans une direction donnée, ton cerveau va chercher des liens et trouver des réponses, et peut-être en fabriquer s’il n’en a pas. C’est aussi ce que font les « voyants », avec les « prédictions réalisantes » … je trouve ça très manipulateur.

L’hypnose ne cherche pas à créer un sentiment de logique sécurisante pour le conscient … elle favorise une prise de recul, plus d’objectivité, et tend vers plus de responsabilité.

Peut-elle soignée les mêmes maladies et problèmes qu’en psychothérapie?

Je n’aime pas le mot soigner : ce n’est pas ce que l’hypnose fait. Disons plutôt qu’elle peut permettre une libération ! Imaginons quelqu’un qui manque de confiance en lui. Je ne crois pas qu’il y ait quelque chose à soigner : le manque de confiance n’est pas une maladie mais le résultat d’un ensemble de comportements et d’apprentissages. Si une personne manque de confiance, ce qu’on va lui apprendre sous hypnose, c’est à transformer ses apprentissages, à se créer de nouvelles possibilités, à élargir son cadre… en résumé, à rééduquer son propre inconscient.

Comment se déroule une séance d’hypnose type?

C’est très différent à chaque fois : cela dépend de la personne, de la demande, et du praticien. Mais dans les grandes lignes, on commence déjà par discuter avec la personne qui vient nous voir pour pouvoir l’écouter et observer ses réactions. On l’aide à préciser sa demande et on la questionne sur ce qu’elle comprend et perçoit de ses fonctionnements.

Puis, on l’aide à expérimenter un ou plusieurs états d’hypnose et on lui apprend à apprivoiser ces états. Enfin, on va chercher les points de résistance au changement et on l’aide à les dépasser en douceur. C’est là que le praticien doit être stratégique et adaptable : tout le monde est différent, chaque solution est unique.

Suivant la problématique on peut avoir besoin de plusieurs séances, parfois une dizaine, mais il n’est pas rare de commencer à obtenir des résultats dès la première ou la deuxième. Après il faut que la rencontre se fasse entre le praticien et son client : la confiance est un élément important, et même déterminant.

Qu’est ce qui fait que vous vous soyez intéressé si jeune à des problématiques humaines? J’ai le sentiment que c’est souvent l’expérience de nos propres blessures qui nous amènent à vouloir soigner celles des autres. Est-ce votre cas?

Je n’ai pas l’impression que ça vienne de là pour moi… Je crois que j’ai toujours eu envie d’explorer l’humain… Mon moteur a été – et est toujours – de découvrir ce continent intérieur, notre inconscient : c’est passionnant, extrêmement riche, et, sans doute, infini ! Pourquoi l’hypnose précisément? Question de pertinence, et d’efficacité… mais surtout j’ai suivi un chemin qui m’a toujours paru assez naturel : j’ai toujours fais confiance en la vie et ça se passe plutôt bien !

On vous a demandé dans une autre interview si vous étiez heureux. Vous avez répondu que vous vous posiez peu la question et que donc c’était bon signe. Que vouliez-vous dire ?

C’est étonnant car la plupart des gens qui viennent me voir cherchent, d’une manière ou d’une autre à être plus heureux : c’est l’objectif le plus souvent exposé en consultation. Je n’ai pas à juger cette croyance mais je ne pense pas qu’on soit heureux en cherchant le bonheur. Je pense qu’on est heureux quand on fait ce qu’on aime, quand on fait des choix qui vont dans la direction de ce qu’on est, quand on est en accord avec nos valeurs.

Peut-on apprendre à mieux se connaître grâce à l’hypnose? Est-ce un de ses buts?

Oui l’hypnose est un fantastique moyen d’introspection. On pourrait dire qu’elle est une forme occidentale de méditation, particulièrement adaptée à la pensée moderne.

En préparant cette interview vous me disiez qu’ « il est triste d’être toujours heureux, que toutes les émotions sont bonnes à vivre, même la tristesse et la colère ». C’est surprenant. Pourquoi?

Quand tu vas au théâtre ou au cinéma c’est pour avoir toutes les émotions du monde. Tu ne veux pas que le film se passe toujours bien, que le héros ne soit jamais mis en difficulté… non ?

Il n’y a pas d’émotions positives ou négatives à mon sens, elles sont toutes très riches à vivre tant qu’elles ne nous emprisonnent pas ! J’ai envie d’être triste ou mélancolique parfois ! Pourquoi se limiter alors que la palette de ressenti est tellement large ?

Je peux aller au cinéma et au milieu du film, avoir peur, sans pour autant continuer à avoir peur en sortant : ce qui fait que les gens pensent qu’il existe des émotions négatives, c’est qu’ils ne savent pas les gérer. Le manque de liberté peut-être négatif, mais pas les émotions.

Parlons un peu plus de vous. Vous avez plusieurs casquettes, vous êtes praticien en hypnose, entrepreneur, conférencier, auteur, formateur. Qu’est ce qui vous définit le mieux ?

Je n’en ai aucune idée, mais je ne suis pas sûr qu’une activité puisse définir quelqu’un. Ça me fait penser à Thierry Jansen qui dit à ce sujet « je n’ai pas été chirurgien, j’ai simplement fait chirurgien ». Je crois que c’est un peu pareil pour moi, je ne me sens pas plus l’un que l’autre, je fais l’un ou l’autre en fonction des besoins.

Je pense après qu’un hypnotiseur a un côté artiste, et magicien… il joue avec les mots, les concepts, et les représentations. Quand j’étais petit, c’est ce que je voulais, être magicien. Plus tard quand j’ai monté mon cabinet, en voyant qu’il y’avait des étiopathes, des naturopathes, des ostéopathes, je me suis dit que je pourrais mettre sur ma plaque « Kevin Finel : psychopathe » mais j’ai vite abandonné l’idée. (rires).

De quoi êtes-vous le plus fier quand vous regardez votre parcours?

De travailler avec tous les gens que j’aime. Aujourd’hui, à l’Arche il y’a huit salariés et une quarantaine de formateurs. Ce sont pour la plupart des amis, et parfois de très longue date : j’étais à l’école avec certains ! Je me dis que tant que les gens que j’aime sont là, et croient en ces projets, c’est que tout cela est cohérent.

Si vous deviez mourir demain, qu’aimeriez vous qu’on retienne de vous?

Il y a quelques années, je me suis réveillé avec l’idée que j’avais accompli quelque chose : après avoir vu plusieurs milliers de personnes en consultation et plus encore dans des stages, je me suis dit que j’avais contribué à quelque chose et que si ça devait s’arrêter là, ça serait déjà pas si mal. Ça a été une sorte de grand soulagement… c’est difficile à mettre en mot, mais ma sensation, depuis, c’est que tout ce que je vis est un bonus ! Après, j’ai l’impression d’avoir encore énormément de choses à faire… si c’était demain, je laisserai pas mal de chantiers en cours, alors j’espère juste que certains les reprendraient et continueraient d’être inspirés par ces idées.

Par exemple, un des objectifs que j’ai est vraiment de transformer la façon dont l’éducation est faite et je pense avoir déjà posé pas mal d’idées autour de ça, mais ce n’est que le tout début…

Que reprochez-vous à la manière dont l’éducation est faite ?

On a une éducation de la conscience mais pas de l’inconscient. On nous apprend juste à créer de la pensée, mais pas à la contrôler ni à l’organiser. Si on mettait sur haut-parleur les pensées qui circulent dans la tête des gens on entendrait des choses complètement incohérentes et qui partiraient dans tous les sens !

Pourtant, avant d’avoir eu des mots, on a tous eu une pensée « sans pensée », un rapport au monde plus direct. Mais on l’a mis de côté, entre autre en apprenant à lire et à écrire. L’inconscient n’est pourtant pas là pour nous embêter, il fait au contraire plutôt bien les choses. Il faut apprendre à écouter ce qu’il a à nous dire, apprendre à l’apprivoiser. Je pense que ça changerait nos rapports humain et notre rapport au monde en général.

Que pensez-vous plus globalement de notre culture occidentale?

Que nous avons de très belles traditions… qui se sont un peu perdues. J’ai l’impression qu’on a tellement voulu rendre toute logique, scientifique et rationnel, qu’on en a oublié pourquoi on faisait d’autres choses avant. Nous avons abandonné nos symboles et nos rites sans nous demander s’il y’avait un sens derrière. Le résultat aujourd’hui c’est une société en perte de repères…

Nous sommes sortis d’une époque très rapidement, pour rentrer dans une autre, radicalement différente, en lâchant tout ce qui existait avant…. peut-être y’aurait-il une synthèse des deux à imaginer ?

Vous avez également dis que « notre culture nous a conditionné à croire que nous avions une nature, des prédispositions. Nous n’en avons pas à part celles que nous voulons bien avoir ». Pour vous, rien n’est donc inné ?

J’ai toujours été fasciné par les gens qui sont arrivés à des résultats marquants dans des domaines où on ne les attendait pas. Dans le sport de haut niveau, beaucoup de ceux qui réussissent ont souvent des particularités déroutantes. C’est rarement ceux qui sont « comme tout le monde » ou comme il faudrait être qui marquent leur discipline. J’ai un ami qui a été champion de France de saut en hauteur, qui mesure 1,70m et qui a un pied-bot. C’est un bel exemple de résilience ! Et c’est une capacité qui se travaille…

C’est aussi une question de flexibilité. Dans l’éducation des enfants, on a tendance à leur donner l’idée qu’ils sont comme ceci ou comme cela.. qu’ils seront doués pour ci, ou pour ça. Lorsque j’ai eu un excellent professeur de math à l’école, j’ai commencé à être bon dans cette matière. L’année d’après j’ai eu quelqu’un d’insupportable et j’ai à nouveau eu des mauvaises notes.

Je pense donc qu’une personne qui est inspirée et qui sait jouer avec ses propres représentations, ses propres croyances, est capable de faire tout à peu près bien.

Il y’a un adage en PNL qui dit que l’on a tous le même cerveau, mais que ce qui change c’est la façon dont on a appris à s’en servir. Donc non, je ne crois pas beaucoup en l’inné, ou plutôt je pense que l’acquis permet de le dépasser dans de très nombreux cas.

On arrive bientôt à la fin de cette interview Kévin. Pouvez-vous dire à nos lecteurs ce qu’est pour vous une vie pleine, accomplie ?

Je crois que c’est quand on se réveille chaque matin et qu’on est heureux de se lever, en sachant qu’il y a plein de choses passionnantes à faire, à découvrir. Mais ce n’est pas acté, ça doit se renouveler tous les matins.

Qu’avez-vous à dire à ceux dont ce n’est pas le cas aujourd’hui ?

Je leur dirais que c’est le moment de faire cette introspection dont on parlait tout à l’heure, de se demander où ils en sont et ou est-ce qu’ils ont envie d’être. Et que tout commence souvent quand on se permet de croire qu’on peut changer, apprendre et évoluer.

Une vie réussie c’est aussi celle de quelqu’un qui, quand il arrive dans une période où il ne fait plus vraiment ce qui lui plaît, est capable de se donner assez rapidement les moyens de changer, d’évoluer. La vie est trop courte pour rester dans quelque chose qui ne nous convient pas.

Comment s’affranchir de la peur de changer d’orientation, de changer de vie ?

Je pense que se rappeler régulièrement de ce qui est le plus important pour nous, des valeurs qui nous portent, est essentiel.

Si quelqu’un est capable de se dire que la chose la plus importante à ses yeux est le partage, il peut se demander à chaque instant si ce qu’il est en train de faire le rapproche ou non du partage. Si y’a un éloignement fréquent, il faut se poser des questions… Celui qui va contre nos valeurs peut nous amener à de grands conflits internes…

C’est encore plus vrai aujourd’hui dans un monde qui nous laisse sans doute plus de liberté que nous n’avons jamais eu dans l’histoire de l’humanité ! Encore faut-il se souvenir de cette liberté, s’autoriser à la vivre pleinement.

Pour terminer, pouvez-vous nous parler de vos croyances religieuses ? Athée ou croyant?

J’ai essayé d’être croyant à une époque mais ça n’a jamais vraiment marché ! La spiritualité laïque me convient déjà mieux…

Aujourd’hui je me fais une métaphore, je me dis que le monde est un spectacle et qu’il y’a sans doute du monde qui doit le regarder : et si c’est le cas, j’ai bien envie de les surprendre et de les faire rire ! Ça donne une vision plutôt poétique du monde… après, si tu me reposes la question dans quelques mois, je suis bien capable de te dire autre chose !

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2 réflexions sur “Kevin Finel: « Notre conscience a très peu de pouvoir »

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