Jérémie Janot: «Je me suis répété qu’un jour, je les ferai tous mentir »

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Un gars simple, humain, accessible. C’est en ces termes qu’on présente Jérémie Janot, lancien gardien de but emblématique de l’AS Saint-Etienne. Après 17 ans de carrière, des distinctions de meilleur gardien de Ligue 1 et de joueur le plus fair-play et chaleureux en 2007, il a raccroché les crampons en 2013. Aujourd’hui Jérémie Janot est de retour dans la Loire, son département de cœur, sous la casquette d’entraîneur de l’équipe de Firminy, mais aussi de patron d’une salle de sport indoor.

Comment a t-il réussi à percer et à s’imposer au plus haut niveau du football français tout en préservant ses valeurs? Qui se cache derrière le masque de Spider-man qu’il a porté un soir de match en mai 2005 ?

Entretien avec cet « ouvrier du football ».

Aujourd’hui stéphanois à part entière, tu es né à Valenciennes dans le nord de la France. Tu as commencé le football chez les Ch’tis ?

Oui exact, à l’âge de 5 ans et jusqu’à mes 15 ans. A cet âge-là, j‘ai envie d’entrer au centre de formation du club de Valenciennes, mais à cette époque, le centre préfère donner sa chance à des jeunes qui ne sont pas du coin.

Je décide donc de quitter ma ville natale -j’ai alors 15 ans et demi-et je pars faire un essai à Saint-Etienne. L’essai est concluant, j’intègre le centre de formation de l’ASSE, une grande fierté pour moi. Je fais de bonnes performances qui me permettent d’intégrer l’équipe de France Espoirs et de signer mon premier contrat pro en décembre 1996. Un mois plus tard, je joue mon premier match contre Toulon.

La suite, les supporters de l’ASSE la connaissent,  je reste 19 ans au club. C’est un club unique. En vacances, les fans m’arrêtaient dans la rue, jusqu’à Montréal ou au Japon. J’ai vécu des moments de football extraordinaires, des bas-fonds du classement en Ligue 2 jusqu’aux titres de champion de France en 1999 et 2004. Des années au plus haut niveau, des derbys face à Lyon, des matchs de coupe d’Europe face au FC Valence ou le Werder de Brême. A titre personnel, je suis élu meilleur gardien de Ligue 2 en 2003, puis meilleur gardien de Ligue 1 en 2007. Je suis fier aussi de détenir le record d’invincibilité à domicile avec 1534 minutes de jeu sans encaisser un but.

J’ai vécu vraiment de supers moments dans ce club… Pour l’anecdote, un jour après un pari avec des amis, j’ai planté la tente une nuit sur la pelouse du stade Geoffroy Guichard!

Tu nous a parlé de Football, mais tu es aussi un grand passionné de boxe Thaï. Depuis longtemps ?

Depuis que j’ai 7 ans. Ma mère travaillait de nuit et elle avait peur que je traîne dans les rues le soir, alors elle m’a inscrit. J’ai beaucoup pratiqué et puis au fil du temps je suis devenu fan d’une autre discipline, le MMA, un sport de combat libre pratiqué dans une cage, qui mélange toutes les disciplines et où presque tous les coups sont permis…

Tous ces arts martiaux m’ont vraiment aidé pour le football, j’ai pu travailler sur ma concentration et ça m’a surtout appris à m’entraîner très dur pour atteindre mes objectifs. C’est une vraie école du sacrifice, Georges Saint-Pierre, un des meilleurs combattants que j’ai pu voir en MMA disait : « après 10 000 heures d’entraînements, tu es un débutant. Après 100 000 heures, là tu es un maître. » Quand tu crois tout savoir, tout débute en fait.

Le travail et le sens du sacrifice comme principes de vie ?

Oui et je rajoute l’humilité et la persévérance. Je m’explique :

Le mec qui devient un excellent plombier a réussit si c’était son objectif. Réussir sa vie, c’est un épanouissement, c’est pas être footballeur. Il faut aussi  être prêt à sacrifier des choses. Dans ma carrière, j’ai établi un système de principes et de préférences. Par exemple, ne pas manger n’importe quoi est un principe qui l’emporte sur la préférence. Je me souviens d’un anniversaire de ma fille à la maison, et du beau gâteau au chocolat que ma femme avait préparé. Elle était prête à me servir et c’était vraiment ma préférence, mais ça rentrait en conflit avec mes principes, donc j’ai résisté. L’hygiène de vie est primordiale. Je ne suis presque jamais sorti en boite de nuit, pas d’alcool non plus, sauf une bière de temps en temps (je suis un ch’ti quand même). Quand j’ai signé au Mans, alors que j’avais 20 ans de carrière, j’étais le gardien qui avait l’indice de masse graisseuse le plus bas ! Bien en dessous des jeunes de 20 ans. J’ai tout simplement été amené à faire des choix et à m’y tenir.

Avec le sacrifice, il y a la persévérance. Trop de personnes se trouvent des excuses et repoussent la faute sur les autres. Mais « on ne juge pas un homme au nombre de fois qu’il tombe mais au nombre de fois qu’il se relève. » Vous savez, les pseudo-spécialistes du football ont toujours voulu me faire croire qu’il fallait être grand pour devenir gardien de but. Et puis un p’tit mec de 1,75m s’est pointé. Mais tout le monde m’a torpillé. Très sincèrement, à part ma mère, personne, je dis bien PERSONNE, m’a dit que j’y arriverai un jour. C’était dur de lutter contre les préjugés. Mais j’avais un rêve, alors j’ai fais des critiques une force terrible. Je me suis répété qu’un jour je les ferai tous mentir.

Je pense pour finir que mon humilité a été déterminante. Quand tu commences à être connu et reconnu, à être à l’aise financièrement, un espèce de confort pointe le bout de son nez et c’est ton pire ennemi. Moi, je me suis toujours rappelé d’où je viens et comment j’en ai bavé. Mon père, mon grand père étaient ouvriers. Ils ont bossé dur toute leur vie. Je me souviens que mon grand-père me disait avec fierté: « Je n’ai jamais manqué un jour de travail en 40 ans ». Moi à 18 ans, je gagnais encore à peine 2 500 Francs par mois, faites le calcul en Euros. Je pense qu’aujourd’hui, avec le temps, les gens ont aimé le joueur que je suis, mais aussi l’homme. Je suis quelqu’un de simple, tu peux discuter avec moi facilement, ce qui n’est pas forcément le cas avec beaucoup de footballeurs de nos jours. Je me considère comme un ouvrier du football.

Parlons d’argent justement: Jacques Séguéla a déclaré que « si tu n’as pas une Rolex à 50 ans, c’est que tu as raté ta vie. » Quel est ton rapport à l’argent dans un milieu où on peut gagner jusqu’à 1 million d’euros par mois, comme c’est le cas en France pour Ibrahimovic? 

No comment. A 18 ans, j’étais pauvre mais heureux ! La course à la richesse, c’est sûrement dans l’air du temps… Mais le vrai bonheur tient dans la satisfaction d’avoir fait ce qu’on a toujours voulu faire. Peu importe ton porte-monnaie. J’aime cette citation de Confucius qui dit : « Faites le travail que vous aimez et vous n’aurez plus jamais à travailler un jour de votre vie. » L’argent n’est pas une finalité.

Essaye maintenant de te projeter à un âge avancé, dressant un bilan au crépuscule de ta vie… Que dirais-tu ?

Question difficile…Premièrement, je penserais fort aux deux femmes de ma vie, ma mère et ma femme, qui ont sacrifié leur vie pour moi et pour qui je n’avais pas le droit de ne pas réussir.

Je serais également heureux d’avoir bâti une belle famille et d’avoir eu de beaux enfants, qui sont ma raison de vivre aujourd’hui.

Sur le plan personnel, ma fierté, ce serait celle d’avoir donné 100% de mes capacités. Je me suis entraîné comme personne. J’avais 1 chance sur 1000 de réussir cette vie là, et je l’ai vraiment saisie. Des fois, on me dit « oui mais pour toi la vie c’est facile, tu es footballeur. » Mais je ne suis pas né footballeur ! Je me suis battu comme un lion pendant des années. Sur la génération 1977, l’année ou je suis né, je suis le seul gardien à avoir fait son trou. Sur 100 gardiens, 99 ont échoué. Moi j’ai réussi, et pourtant j’étais le seul à qui tout le monde a dit « tu n’y arriveras pas. »

Si je devais résumer, je dirais que je n’aurais peut-être pas été une Ferrari dans ma vie, mais au moins un 4×4, fiable robuste et durable, qui aura roulé très longtemps…

Belle image. Et quel a été le carburant de ce 4X4 ?

Le mental. Pourquoi je continue quand toi tu t’arrêtes ? C’est la force du mental !

Tu sais, chaque année, je fais le réveillon de Noël dans mon chalet à la montagne en famille. Je me permets quelques huîtres, un bon saumon. Mais le 25, à 8h, chaque année, je suis dehors et je vais courir. Je me souviens d’une fois ou je m’étais couché tard. Le lendemain matin, le thermomètre indiquait -14°C. J’ai hésité, mais j’y suis allé. Si je n’étais pas sorti c’était la fin. Si le mental commence à lâcher, tout lâche.

On le voit aussi dans le sport, notamment dans les sports de combats. Comment tu expliques qu’un mec est malmené pendant 11 rounds, et qu’après un temps mort, un mot de son coach, il revient sur le ring et met K.O son adversaire ? C’est ça un mental d’acier. Il peut fléchir, mais pas rompre !

Dernière question : Quels sont tes conseils aux footballeurs en herbe et plus globalement à nos lectrices et lecteurs?

Le premier conseil, fondamental, c’est de ne pas croire que c’est l’intelligence qui fait la réussite. Combien sont très intelligents mais n’ont jamais avancé d’un poil ? Moi je ne me considère pas comme particulièrement brillant, mais peu importe, car c’est le travail et la persévérance qui m’ont fait réussir. Si je l’ai fait, croyez-moi, tout le monde peut le faire.

La deuxième chose intéressante, c’est la chance. Je me pose beaucoup de questions sur la chance. Certains me disent « Tu as été au bon endroit, au bon moment ». Peut-être, mais est-ce que ce n’est pas ma somme de travail en amont qui m’a amenée à ce bon moment ? Je pense vraiment que la chance est provoquée. J’ai entendu à la télé un mec qui a gagné au loto récemment et qui disait « J’ai joué les mêmes numéros  pendant 40 ans ». Il a persévéré et d’une certaine manière, il a provoqué sa chance. Imaginez qu’il ait joué 39 ans et 11 mois et qu’il se soit arrêté…

Je pense que la vision est aussi très importante. C’est à dire, savoir ce que vous voulez vraiment, ce qui vous passionne. Moi je vis pour le football, c’est ma plus grande histoire d’amour. Depuis que j’ai 5 ans, je veux être footballeur professionnel. Je suis obsédé par ça. Les profs, les proches, tout le monde me disait « Combien y arrivent ? 1 sur 1000 ? Laisse tomber ! ». Mais c’était ma décision. J’avais vraiment décider de réussir, peu importe ce qui se passerait, j’irai au bout de mon rêve.

Il ne faut rien lâcher, si j’avais reculé je n’y serais pas arrivé. Vous aurez tous des doutes, des craintes, mais retenez que rien n’est linéaire, tous les grands de ce monde ont galéré avant de réussir. Rien n’est facile, il y a des difficultés pour tout le monde.

Pour résumer, je dirais que je ne connais peut-être pas tous les secrets de la réussite, mais ma grande certitude c’est que si l’on ne s’investit pas à 100% dans ce qu’on fait, c’est l’échec assuré.

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