Joanna Quélen: « Je veux faire monter la France sur le podium des pays les plus heureux au monde »

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Archéologie au Guatemala, serveuse à Hong Kong, ouvrière dans une fabrique de bateaux en Malaisie, volontaire dans un orphelinat en Thaïlande, professeure au Sénégal… Longtemps, la philosophie de Joanna Quélen a été « une vie pour  100 vies ».

Quelques années plus tard, c’est la découverte d’un autre monde, celui de l’entreprise. Elle est acheteuse pour de grandes sociétés internationales. Elle apprend l’organisation, l’analyse, l’efficience.

Mais depuis 2008, Joanna a ouvert le 3ème chapitre de sa vie. Elle a décidé de consacrer presque tous ses travaux à un sujet hors des sentiers battus, le bonheur, avec un objectif fou, mais bien précis en tête: Faire monter la France sur le podium des pays les plus heureux au monde!

Que se cache t-il derrière ce rêve en apparence utopique? Qui est réellement Joanna Quelen et surtout qu’a t-elle à nous apprendre sur nous-mêmes? 

Quand le parcours des autres éclaire le nôtre…

Tu souhaitais commencer cette interview en évoquant deux périodes de ta vie qui t’ont marqué. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui. Pour resituer tout d’abord le contexte de la première période, il faut que je te dise que depuis mes trois ans et demi et ce jusqu’à la fin de mon adolescence, j’ai traversé une vraie crise existentielle. J’étais à l’époque déjà ultra-consciente de ma finitude. Toutes mes idées convergeaient en un point : la mort. J’avais parfois l’impression d’expérimenter le néant, de vivre cette mort certaine et tout cela me terrorisait. J’hurlais je pleurais, sans que rien ne puisse me calmer…

Et puis en terminale j’ai découvert la philosophie, qui m’a beaucoup aidée à évoluer. Je trouvais Freud extrêmement intéressant. Je me suis évidemment retrouvée dans ses recherches et ai commencé à m’interroger. Pourquoi avais-je si peur de la mort ? M’était-il arrivé un évènement marquant dans ma plus jeune enfance ? J’en ai donc discuté avec mes parents et mes proches, jusqu’à découvrir une explication…

Ma famille est bretonne et applique, comme la tradition le veut en cas de décès, de se recueillir une dernière fois ensemble au pied du lit du défunt. J’avais 3 ans quand ma grande tante est décédée. Je me souviens encore du chapelet comme tricoté entre ses mains jointes. Elle était en habit avec sa coiffe et autour les vieilles du village pleuraient tout en habit traditionnel. Au même moment, mon frère est né et on a annoncé à mes parents qu’il était positif à la mucoviscidose. Sans le comprendre, j’ai absorbé la peur et la peine de mes proches face à la mort.

Grace à cette conscience aiguë de la mort, j’ai toujours recherché des vérités sur la vie, la mort, l’au-delà. J’ai rencontré des personnes de toute religion, toute croyance. J’ai commencé à trouver quelques réponses à mes questions.

Mais quelques années plus tard, j’ai effectivement vécu un deuxième évènement qui a vraiment fait basculer ma vie.

Lequel ?

C’était l’année de mes 30 ans. Une période pendant laquelle je gagnais bien ma vie. J’avais un grand appartement, un bon poste (acheteuse internationale) dans une grande société. Mais malgré tous ces éléments de considération extérieure, je me sentais un peu vide. Je baignais dans la solitude et une autre crise –identitaire cette fois- pointa le bout de son nez. Je me souviens parfaitement de cette soirée… J’étais sur mon canapé, je regardais les informations en pleurant atterrée par la violence de ce monde, désespérée par son vide de sens. « Qui étais-je ? Quel sens avait ma vie ? J’avais beau avoir étudié, travaillé dur, je ne parvenais toujours pas à m’accomplir ni à vivre le bonheur. C’est alors que dans mon chagrin, je me suis adressée à Dieu (moi, athée à l’époque). Je lui ai dit: « s’il y’a quelque chose que je n’ai pas compris, que j’ai raté, montres le moi » ! A partir de cet instant, tout a changé. J’ai eu le sentiment de faire partie d’un tout qui me dépassait. Ce fut une expérience incroyable. J’étais en train de passer du mal être à une expérience de joie, d’amour profond. J’ai ressenti à ce moment-là un puissant bonheur intérieur. J’ai du mal encore aujourd’hui à mettre des mots sur ce sentiment.

Et en quoi cette « révélation » a été un déclic pour la suite?

J’ai déjà cessé définitivement d’avoir peur de la mort ! J’ai compris que la vie est précieuse car elle est éphémère et que tout ce qui se passe ici dans notre vie n’a de valeur que parce qu’elle est en miroir avec la mort.

Depuis, j’arrive aussi à renouveler régulièrement l’expérience que j’ai vécu . Je me pose simplement à un endroit et me laisse fondre dans la joie que c’est d’être vivante. Bref, je me suis enfin ouverte les portes du bonheur !

Au point de décider de le partager et d’en faire ta mission de vie?

Exactement ! Il y’a 5 ans, je décidais d’ouvrir un blog dédié au bonheur : Moodstep. L’idée ressemblait à la tienne, à savoir partir interviewer des philosophes, des artistes, des aventuriers, des psychologues…sur le thème du bonheur. Et en vidéo. Que peut-on apprendre de leur parcours singulier ? Comment la vie des autres nous fait réfléchir sur la nôtre ? Aujourd’hui Moodstep c’est plus de 100 interviews vidéo. Depuis 2009, j’ai rencontré des gens époustouflants et jamais l’enthousiasme ne m’a quittée !

Quelques mois après la création de Moodstep, je rencontre Jessica, nous parlons bonheur et nous créons dans la foulée HappyLab.

Lab pour laboratoire ? Un laboratoire du bonheur ?!

Oui ! HappyLab est une association qui a pour mission de faire monter la France sur le podium des pays les plus heureux au monde ! Rien que ça ! En 2010, nous organisions notre premier événement: le forum Happylab, une après-midi de conférences et d’ateliers sur le thème du bonheur. C’est aujourd’hui un rendez-vous biannuel. Depuis, l’association rayonne de plus en plus avec des cafés tous les premiers dimanche du mois à travers la France, un livre, un webzine, une tournée, des interventions en entreprise… C’est effectivement un « laboratoire du bonheur » qui nous permet autant d’explorer et de diffuser les pratiques d’épanouissement que de les appliquer au sein de l’association.

Ou en est l’association aujourd’hui et que t’apporte-t-elle ?

Happylab, c’est plein de projets mais c’est avant tout pour moi et ceux qui s’y investissent l’opportunité de créer une organisation pensée pour l’épanouissement de chacun. Un laboratoire, c’est l’idéal pour essayer, tester, changer la formule et avancer en expérimentant. Nous utilisons les principes de la permaculture ou de l’holacratie pour construire notre société rêvée. Comme pour le bonheur, nous sommes les premiers cobayes de notre idéalisme.

Cette association m’apporte la joie de faire partie d’un mouvement qui me dépasse. Je suis quelqu’un qui chérie la liberté et l’autonomie mais je ressens les bienfaits de faire partie d’une tribu aux valeurs proches des miennes. Ça décuple mon énergie.

Tu parles de faire monter la France sur le podium des pays les plus heureux… Une étude récente a prouvé que les français sont les plus pessimistes au monde ! Ce n’est pas un peu utopique tout ça ?

L’avenir le dira. Ce qui est sûr c’est que nous n’avons aucune pression à atteindre cet objectif. Ça ne coûte rien d’essayer, de rêver, tant que ça ne devient pas un poids. Et puis, nous sommes dans un pays qui a tellement de ressources et de beautés ! Tout est possible !

J’ai tout planifié. Faire monter la France sur ce podium, puis me présenter aux élections présidentielles de 2037.

Tu plaisantes ?

Non je suis très sérieuse ! J’ai d’ailleurs déjà prévu et penser mon site « quand je serai présidente ».

Et je ne compte pas m’arrêter là, avant ça, je veux écrire un livre, faire un film… bref je veux vivre pleinement, la tête pleine de rêves et le corps en action. Je veux partager mon bonheur !

J’avais justement hâte de demander à l’experte du bonheur que tu es, sa définition sur le bonheur. Alors ?

Ce n’est pas un mot pour le dictionnaire, personne n’est d’accord sur sa définition. Mais l’intérêt n’est pas de le définir. Je pense que c’est à chacun de savoir ce que c’est pour lui.

Mon bonheur à moi, c’est d’être dans cette intensité de la vie. Etre dans le moment présent. La vie se renouvelle tout le temps et chaque moment est une pierre précieuse. Tout ce qui me nourrit c’est d’apprendre, de faire des rencontres. La vie est tellement riche. Il faut développer cet amour de la vie et en apprécier chaque instant pour être heureux.

Je suis également devenue très attentive à mes émotions et à mon environnement. Ce sont mes ressentis qui me guident aujourd’hui en me conseillant de prendre telle rue, d’écouter telle personne. Et cela m’amène à des expériences, des rencontres qui sont tellement incroyables ! Je gagne à être enseignée par ce guide intérieur à qui je fais confiance.

Un thème lié à celui du bonheur, la réussite. Qu’est-ce qu’une vie réussie pour toi ?

Je me sens en réussite quand je peux être authentique. J’ai traversé beaucoup de peurs pour vivre heureuse et notamment celle de ne pas être aimée ou approuvée. En me défaisant des attentes des autres, j’ai pu mettre toute mon énergie à comprendre quel chemin je pouvais emprunter pour être en accord avec mes valeurs et surtout pour reconnaître et développer mes talents.

Ma réussite est de vivre avec enthousiasme. Aucune gloire ou gros salaire n’a su combler cette soif que j’avais en moi. C’est en apprenant à me connaître que je me suis ouverte à cette vie si riche et intense.

La réussite, c’est quand je n’ai plus besoin de parler, que ma vie parle pour moi de ce en quoi je crois. Je suis aujourd’hui en accord avec moi-même et je suis devenue persévérante et déterminée, des qualités que je ne pensais pas avoir.

Tu conseilles d’apprendre à aimer son environnement… Mais n’est-ce pas difficile dans un contexte tendu de crise, comme nous le vivons aujourd’hui ?

Non au contraire ! Si je le ramène à un état personnel, c’est ma crise qui m’a aidée. Elle m’a permis de passer à un autre état de conscience. C’est souvent cet état d’urgence qui créé des changements radicaux. Si le contexte social, économique, politique est favorable, remercions le ciel et soyons heureux avec ça. S’il ne l’est pas, remercions encore car de cette crise surgira le meilleur si nous sommes prêts à nous remettre en question, à apprendre et progresser.

Je profite du sujet pour terminer en donnant un avis plus général sur la période que nous vivons. Je n’ai pas peur de dire que la crise est positive, mais à condition de se responsabiliser et non plus d’uniquement s’indigner. Je crois qu’on se révolte par peur de faire avancer les choses par nous-même. On a pourtant l’opportunité de tout réinventer. Nous pouvons repenser ce que l’on pensait immuable, nous pouvons regarder les choses avec un œil frais. Et le premier pas à faire est de se recentrer sur l’humain et de se forger une vision d’un futur enviable.

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