David Berger: « Dans ce métier, les imposteurs ne durent pas »

David Berger

Il était une fois un gamin de 9 ans qui jouait dans sa chambre, lançant des dés aux couleurs d’équipe de foot tout imitant de célèbres commentateurs façon multiplex-radio.

Quelques années plus tard le rêve est devenu réalité. David Berger est journaliste Grand Reporter pour Canal+, il parcourt chaque week-end les stades de France et d’Europe, livrant ses commentaires et ses analyses.  

D’où te vient cet amour dévorant que tu as depuis toujours pour le football? 

J’ai été bercé tout jeune par ce sport avec la grande épopée des verts de Saint-Étienne. Ma particularité c’est que j’ai eu très tôt plein de jeux sur le foot, et pas seulement achetés dans le commerce mais certains que j’avais conçu moi-même. Je créais mes propres tournois, mes figurines de joueurs et commentais mes propres matches. Jusqu’à l’adolescence, j’étais un dingue de foot, je connaissais par cœur les championnats nationaux et étrangers, les joueurs de D1, D2 et même D3. J’attribuais aussi des notes aux joueurs, comptabilisais les buts, les cartons etc…. J’avais des cahiers entiers remplis de statistiques diverses et variées. Car à l’époque, bien sûr, c’était introuvable, il n’y avait pas internet !!!

Fan de foot d’accord, mais d’où t’est venue cette passion pour le commentaire de match ?

A l’époque il n’y avait pas de match de première division à la télé, la star c’était la radio. Alors tous les samedis à 20 heures, je m’enfermais dans la cuisine avec un transistor, mon magazine France Football et écoutais mes idoles du moment, les Thierry Gilardi , Pierre Loctin, Jacques Vendroux, dont j’essayais d’imiter les voix.

Et tu rêvais d’en faire ton métier?

Mon rêve de gosse ce n’était pas précisément d’être commentateur de foot mais d’être avant tout journaliste. J’ai toujours eu cette curiosité pour l’actualité et l’information, d’écouter les flashs à la radio, de lire les journaux et pas que sur le sport. Recueillir toute sorte d’infos, c’était ça mon truc.

Comment en es-tu arrivé à faire du droit après le bac ? 

Je suis parti de Saint-Étienne à l’âge de 14 ans, mon père ayant été muté en banlieue parisienne. Nous vivions à Montgeron, en Essonne. J’étais un très bon élève jusqu’ au collège, puis j’ai commencé à en faire le minimum. J’ai fait un bac ES (bac B à l’époque) que j’ai eu au rattrapage. J’étais ensuite un peu perdu au niveau de mon orientation jusqu’à ce qu’une conseillère me propose de faire du droit. Je l’ai écoutée mais j’ai détesté cette matière. J’ai redoublé ma première puis ma deuxième année, à un cheveu de la moyenne à chaque fois, ce qui a fini de me dégoûter.

C’était l’erreur de parcours? 

Oui clairement même si ça m’a peut-être donné le goût de l’écriture. Mais très franchement, les cours théoriques, le bachotage, le code civil, les amphis, les notions juridiques, ce n’était pas pour moi. C’est à ce moment que j’ai bifurqué pour une école de communication et de journalisme.

Comment s’est prise la décision?

A l’époque, j’étais branché en permanence sur NRJ et surtout sur les flashs du matin présentés par Denis Balbir. Voyant qu’il était lui aussi fan de foot et amoureux des verts, j’ai un jour décidé de lui écrire. Il m’a répondu et invité à déjeuner, m’a présenté les locaux de la radio et avec le temps nous sommes devenus potes. Je découvrais grâce à lui le monde des médias de l’intérieur. J’ai des souvenirs qu’à 5 secondes de passer à l’antenne, on lui jetait ses notes par la fenêtre (rires). Ça semblait vraiment être un boulot cool où tout le monde se marrait. L’envie de faire ce métier m’est revenue et Denis m’a conseillé de commencer par faire une école de journalisme. Le droit m’avait fait dévier de mon rêve mais j’y suis revenu en partie grâce à cette rencontre…

Hormis le foot j’ai toujours eu plein de projets, plein d’envies. La musique par exemple. Plus jeune je notais sur une feuille à chaque fois que j’entendais un titre à la radio, ce qui me servait à construire mon propre hit-parade des tubes les plus entendus. C’était mon top 50, je zappais sur toute la bande FM et chaque fois que j’entendais un morceau, c’était 1 point de plus !!!

L’autre chose qui m’amusait, c’était les lapsus. Dans la presse, à la radio, à l’école, en famille, à chaque fois je les notais dans un carnet. Un jour j’apprends qu’un bouquin sort, Les perles du speaker, écrit par Robert Lassus, rédacteur en chef à RTL mais aussi auteur pour de célèbres humoristes comme Thierry Le Luron. Son ouvrage regroupait tous les lapsus de personnalités. Je prends mon courage à deux mains et le contacte, comme je l’avais fait pour Denis Balbir. A ma grande surprise il me reçoit dans son bureau, surpris de voir un gamin de 17 ans arriver. Il me conseille de sortir moi aussi mon livre et propose d’en faire la préface. L’ouvrage ne sortira finalement jamais mais c’est pour te dire qu’entre lui et Denis Balbir, j’y suis allé au culot. J’avais déjà inconsciemment envie d’intégrer ce monde des médias, par des plaisirs et des divertissements que j’avais à l’époque et sans rapport avec mes études.

Te voici donc de nouveau sur la route de ton rêve, en école de journalisme. Que se passe-t-il ensuite ?

Les mois passent et au bout de deux ans, je décroche mon diplôme. Denis lui, transitait de la radio à la télévision, de NRJ à Eurosport jusqu’à Canal+. Ma formation étant terminée, je pige durant l’été pour une radio parisienne (O’FM) mais je demande à Denis si je peux l’accompagner sur un stade de foot durant un match qu’il commentait. Je suis très attentif à tout ce qu’il fait, je commence à mémoriser les ficelles du métier. Il me présente ensuite à l’un de ses confrères, Philippe Bruet, qui à son tour me propose de le suivre sur un match de Saint-Etienne. Ce jour-là j’ai pour la première fois l’occasion de réaliser une interview en fin de match, qui plus est celle d’un défenseur de Saint-Étienne.

Bingo ! Fin septembre 1993, on m’offre ma première chance, je suis lancé dans le grand bain et fais mes débuts sur Canal+ dans l’émission Jour de foot pour mon premier résumé, émission commanditée et présentée par Thierry Gilardi. Ma première prestation est jugée prometteuse et, dès lors, chaque semaine je suis envoyé sur un stade. Tous les lundis, j’appelais Gilardi pour savoir si je continuais le week-end d’après. Quand j’avais bien travaillé j’avais le droit d’aller au stade vélodrome à Marseille le samedi suivant et quand c’était un peu moins bien, je partais pour Metz. (rires).

C’était la punition ?

Oui (rires). Mais commenter un match à Metz ça m’allait finalement très bien. A l’époque on y allait en voiture, j’emmenais un pote avec moi, on allait faire la fête en boîte de nuit après le match avec des joueurs comme Robert Pires ou Cyrille Pouget. On s’éclatait !

A l’issue de cette première saison, au printemps 1994, on me propose un poste de pigiste permanent sur LCI, qui venait de se créer. Mais à l’époque on n’imagine pas qu’une chaîne d’information puisse se développer dans le paysage audiovisuel, et surtout il est dur de quitter le grand Canal+. Mes proches me déconseillent de partir mais Gilardi avait une opinion bien différente. Il pensait que LCI allait exploser et que l’expérience serait fabuleuse pour moi. Il me propose d’y aller et de me reprendre sur Canal si ça ne me plaît pas. Je pars donc sur LCI où je retrouve plein de futures « stars » de la télévision. Christian Prud’homme aujourd’hui patron du tour de France, Laurent Delahousse, Daphné Roulier, Bernard de la Villardière, Yves Calvi et autre David Pujadas. La chaîne prend son envol au bout de six mois seulement, notamment grâce au détournement de l’avion Alger / Paris sur l’aéroport de Marignane où un cadreur de LCI filme en exclusivité la prise d’otage et l’assaut en direct live.

Une petite anecdote, on me propose cette année-là de faire le résumé de la finale de la coupe du monde Brésil-Italie. Je devais faire l’ouverture de l’édition de minuit diffusée à la fois sur LCI et TF1. Le match va jusqu’aux tirs au but. La finale n’est pas encore terminée et il est 23h50 quand on me dit de refaire tout mon résumé, de ne garder qu’une ou deux occasions du match et de bâtir mon sujet essentiellement sur la séance de penalties. J’avais déjà monté 50 secondes des meilleures actions et je devais donc tout refaire : images et texte !!! Le match se finit à 23h57… 3 minutes plus tard me voilà à l’antenne pour 1min30 de commentaires alors que je n’ai pas eu le temps de tout écrire. J’ai dû improviser et meubler : le résultat fut laborieux mais pour le jeune journaliste que j’étais, ce fut un sacré bon exercice !

Tu me disais d’ailleurs en préparant cette interview que tu as une histoire particulière avec les coupes du monde.

Oui exact. Je viens de te raconter celle de 1994. En 1998, ce fameux 12 juillet, je suis au Stade de France, en tribune de presse, accrédité par Canal + mais présent en tant que spectateur. A la fin de cette finale mythique, je parviens à me faufiler jusque dans les vestiaires de la France pour embrasser la coupe du monde ! Je portais un maillot des bleus sur lequel tous les champions du monde ont mis leurs autographes et j’ai fini sur la pelouse, à l’endroit même où Zidane avait marqué ses 2 buts !!!

En 2006, j’ai la chance d’être désigné pour commenter la finale France / Italie à Berlin ! C’était un grand privilège, un rêve pour un journaliste mais évidemment un cauchemar pour tous les français comme tu peux t’en douter…

Quand tu retraces ton parcours, tu as l’impression d’être aujourd’hui à la place que tu as mérité, ou tu considères que tu as aussi bénéficié de concours de circonstances ?

C’est d’abord une histoire d’opportunités d’arriver au bon moment au bon endroit. Il y a une part de chance mais aussi beaucoup d’insouciance. Si tu réfléchis trop et que tu es trop timide tu n’avances jamais. Il faut également éviter de se dire qu’il y’en a dix milles qui veulent faire le même métier que toi sinon tu es découragé et tu n’y arrives pas.

Mais je crois que pour faire ce métier il faut déjà avoir la vocation. On grandit avec cette envie d’être journaliste, avec cette passion qui vous anime au fil des années. J’ai aussi la chance d’avoir une voix, ça je n’y peux rien, c’est inné mais ça se travaille et c’est sans doute la raison pour laquelle je suis régulièrement sollicité pour faire des bandes annonces. Une autre qualité indispensable, c’est d’être toujours disponible, sacrifier sa vie privée en début de carrière, faire une croix sur son temps libre, répondre présent en toutes circonstances et faire ses preuves très rapidement ! Mais la vocation ne suffit pas, il faut aussi croire en son rêve, travailler et oser pousser les portes.

Je pense aussi qu’il faut distinguer le fait d’entrer dans ce milieu et d’y rester. Faire ses premiers pas est une chose, marcher durablement en est une autre. Pour durer, c’est exigeant et très difficile. Les imposteurs ne durent pas. A long terme on ne peut plus compter sur la chance, il faut être vraiment compétent.

Toi qui fais carrière depuis une vingtaine d’années, comment t’es-tu installé durablement dans le milieu ?

Il fallait d’abord avoir le ton. Tu peux être un gros bosseur, tout connaître des deux équipes mais si tu n’arrives pas à faire vivre un match, c’est peine perdue. On ne se rend pas compte à quel point l’exercice est cruel, difficile et parfois frustrant. Tu as beau avoir bien travaillé toute la semaine, si tu n’es pas bon le jour J… C’est comme un avocat qui connaît son dossier par cœur mais qui rate sa plaidoirie. Il joue la vie de son client sur 1 heure. Moi je suis jugé sur le temps d’un match, voire 5 minutes de résumé ou 30 secondes de duplex.

Ensuite il a fallu et il faut toujours bosser. Ça reste un boulot besogneux où il faut en permanence être au courant de ce qu’il se passe dans l’actualité, se tenir au courant des informations dans le foot, sur chaque équipe, chaque joueur, chaque compétition. Même quand on est en congé, on continue de bosser. Impossible de débrancher !

Et puis il faut évidemment être un passionné. Le jour où on t’envoie sur un match Real Madrid-Saragosse et que tu te dis que c’est un match « moyen », c’est le début de la fin ! Il faut tout le temps se pincer en se demandant si tout ce qu’on vit est bien vrai. Avoir en permanence des yeux d’enfants et ne jamais être blasé. Je n’ai pas d’idoles mais souvent je me dis : « tu te rends compte David, tu es en train de prendre un verre avec Zidane, tu discutes avec Platini, tu commentes avec Aimé Jacquet… ». Ces gens-là qui ont fait rêver tous les passionnés de foot, eh bien j’ai la chance de les côtoyer aujourd’hui. Quand tu allumes ton portable un 1er janvier et que ton premier message vocal est de Aimé Jacquet te présentant ses vœux, quand tu reçois un SMS de Michel Denisot le jour de la naissance de ton fils, tu te pinces forcément !!!

C’est très bizarre, on a trop souvent tendance dans ce métier à banaliser les choses. Moi je suis conscient d’être extrêmement privilégié et de vivre un rêve éveillé. Je fais certainement l’un des plus beaux métiers du monde et pourtant c’est également un environnement qui ne correspond pas toujours à mes valeurs.

Pourquoi ?

C’est un monde qui peut devenir superficiel dans lequel on a plein d’amis, où tout le monde s’embrasse, mais la réalité est parfois différente et les coups bas peuvent survenir à tout moment. Du jour au lendemain, ce monde peut s’écrouler, tu peux perdre tes prérogatives et retomber dans l’anonymat le plus total. C’est un milieu de requin, impitoyable, où la confiance n’est jamais accordée aveuglement et il faut garder son équilibre, prendre énormément de recul, rester humble. C’est très paradoxal car c’est une vraie passion mais le journalisme, qui plus est, à la télévision, est un métier usant qui te ronge. A la fois je me complais dans cette profession si captivante et en même temps elle est si stressante, angoissante. Parfois j’aimerais me poser, savourer, prendre le temps… Mais c’est impossible de vivre sur ses acquis, son expérience… Ça se rapproche d’un métier artistique et comme dans tous ces milieux-là, il n’existe pas de règles établies comme il peut y en avoir ailleurs. Sans cesse se remettre en question, se dire qu’il y a des hauts et des bas, se préparer aussi bien à gravir les sommets qu’à anticiper une chute éventuelle !!!

Tu te sens de plus en plus en décalage avec ton environnement professionnel ?

C’est surtout le monde des médias qui est en pleine mutation !!! Ça n’a plus rien à voir avec mes débuts il y a 20 ans. Aujourd’hui les médias s’emballent, cherchent à faire le buzz et perdent un peu de leurs valeurs. Ce n’est pas aussi pur que l’idée qu’on s’en fait au début, à savoir chercher des informations et les partager. Et puis il y a l’arrivée d’internet, des réseaux sociaux qui ont absolument tout chamboulé, modifié la donne initiale.

Comme je te disais c’est très contradictoire. Il y a un côté très positif : j’ai finalement fait de mes divertissements d’enfants un métier. Journaliste et commentateur, c’est un jeu en fin de compte. On parle dans un micro, devant une caméra, on sourit, on s’enthousiasme devant un but !!!

Il y a aussi une grande liberté, des conditions de travail idéales, une organisation parfois très souple, parfois contraignante, des horaires complètement décalés. Ce n’est jamais la routine. Il y a toujours de l’adrénaline. Le contrecoup c’est que c’est un job épuisant où on ne peut jamais décrocher. Ce boulot s’empare de ta vie, tu t’endors journaliste et tu te réveilles journaliste. A cela s’ajoute la « notoriété », plus ou moins grande selon ta carrière, ton exposition, ta visibilité. Beaucoup de gens te regardent, t’apprécient, t’admirent ou te détestent. Ils t’interpellent, te questionnent, te complimentent ou émettent des critiques. Parfois c’est sans fioritures du genre « Ehhh bonjour Canal !!! Comment ça va Canal + ??? » Et ce n’est pas toujours facile à s’accommoder à tout ça. On représente une chaîne, on est dans le quotidien des gens et du coup s’instaure une certaine familiarité. Ce milieu te met parfois en marge de la réalité, j’ai vu des collègues changer.

C’est en ce sens que je disais que ce n’est pas toujours naturel pour moi et que ça va à l’encontre de ma nature. Je me pose parfois la question de savoir si une vie plus tranquille, plus plan-plan me conviendrait mieux, ne serait-ce que pour avoir le temps de voir grandir mon fils. Et je n’ai pas la réponse. Sans doute que non mais je ne veux pas perdre ma vie à la gagner. Thierry Rolland, Jacques Martin et peut-être Thierry Gilardi en sont morts…

C’est une transition parfaite pour ma prochaine question. Où t’imagines-tu dans 10 à 15 ans ?

Je me pose de plus en plus la question. Je pense que je ne commenterai plus de matches dans 15 ans mais je me vois mal quitter radicalement mon boulot.

Dévier vers autre chose ? Produire des émissions, de nouveaux concepts ? Manager une équipe rédactionnelle ? M’installer en province pour diriger une radio ou un journal, quitter totalement le monde des médias : écrire, enseigner ou monter un restaurant (rires) ? J’en connais qui ont tout arrêté et sont bien plus heureux maintenant, d’autres qui s’ennuient profondément et ruminent leurs rancœurs, leurs regrets… Je suis très partagé.

Ce qui pourrait m’inciter à tout plaquer ce sont les dérives de ce métier… La presse écrite se meurt à petit feu, la télé traditionnelle souffre des nouvelles habitudes nées d’internet… En début de carrière, j’informais les gens, je leur annonçais des nouvelles qu’il ne connaissaient pas… Aujourd’hui n’importe qui est au courant des derniers scoops bien avant moi. L’information est à la portée de tous et elle est devenue périssable. Alors, il faut faire preuve de créativité, s’adapter à tous ces changements… Être plus insolent, pertinent, chercher à faire le buzz. La critique est devenue obligatoire, mon métier est quelque peu dénaturé. On donne son avis sur tout, très vite, trop vite et sans avoir connaissance de tout et parfois sans même vérifier la source…

La deuxième dérive concerne les mentalités dans le football. Avant tu pouvais interviewer qui tu voulais, dans n’importe quel lieu, aujourd’hui c’est impossible, toute la communication est verrouillée en interne par les clubs. Il arrive même que certaines stars du ballon rond demandent une rémunération en échange de leur présence sur un plateau de télévision ou simplement pour 10 minutes d’interview… Tout est contrôlé et dans un stade, je dois montrer parfois 5 ou 6 fois ma carte de presse pour accéder à mon pupitre de commentateur !!! Il y a de plus en plus de barrières et d’interdits.

Est-ce qu’on revivra les belles années qu’on a vécues pendant vingt ans ? Est-ce que ce métier a de l’avenir ? Je m’interroge.

Comment tu t’occupes quand tu arrives à décrocher de ton métier? 

Je passe du temps avec ma femme et mon fils. Être papa après 40 ans a été un vrai tsunami dans ma vie. Je m’étais préparé à ne jamais avoir d’enfant. Et puis il est enfin arrivé et ça a tout chamboulé dans le plus beau sens du terme. Seuls des parents peuvent comprendre ce que j’ai pu ressentir. J’ai compris qu’il y avait d’autres préoccupations que le travail et que ma vie pouvait être axée sur une autre personne. Mon état d’esprit a changé, je sacrifie beaucoup moins ma vie privée pour le boulot.

Au-delà de mon job et de ma famille, j’ai toujours eu plein de projets que je n’ai toujours pas réussi à mener à terme. J’ai tout de même écrit la biographie du footballeur Steve Savidan, « Une balle en plein cœur » (éditions du Rocher). J’organise régulièrement des soirées quizz, des blind test musicaux. J’ai produit des comédiens, j’ai fait du doublage de film, prêté ma voix dans un jeu vidéo et j’ai été sollicité pour dispenser des cours de média-training pour les arbitres du championnat de France. J’aimerais toujours en faire encore plus mais je manque de temps comme par exemple pour finir deux romans que j’ai écrits mais dont je n’ai encore jamais pu écrire le mot « fin »…

Comment en es-tu venu à rédiger la biographie de Steve Savidan ?

Steve et moi avons sympathisé quand il jouait en ligue 2 au début de sa carrière. Il faut savoir qu’à l’époque il ne restait guère plus d’un an dans chaque club, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’avait pas la côte. Et puis un jour il m’appelle pour me dire qu’il est meilleur buteur de national (3ème division) et qu’il monte en ligue 2. Quelques mois plus tard : nouveau coup de fil, il m’annonce qu’il est meilleur buteur de ligue 2. 3 mois plus tard son équipe monte en ligue 1. Il devient ensuite meilleur buteur de ligue 1, avec des coups d’éclats comme ses 4 buts face au FC Nantes de Fabien Barthez. On plaisante ensemble et il me dit « Tu imagines si je suis appelé en équipe de France ». Et voilà qu’il est vraiment sélectionné ! Il m’appelle de nouveau, cette fois de Clairefontaine (le centre d’entraînement des bleus) où il partage sa chambre avec Franck Ribéry. A partir de ce moment, je lui ai dit qu’il fallait à tout prix qu’on relate son parcours atypique, qu’on raconte son histoire. Il m’a répondu que si c’était avec moi, c’était d’accord.

Pendant l’écriture du bouquin, il signe à Monaco mais coup de théâtre, le club lui diagnostique un problème cardiaque lors de sa visite médicale. Le constat est sans appel, il doit arrêter sa carrière. Nous décidons quand même de poursuivre l’écriture en changeant le fil rouge de l’histoire. Elle qui devait ressembler à un conte de fée s’est transformée en cauchemar. C’était vraiment comme recevoir… une balle en plein cœur.

Toi qui as côtoyé et vu beaucoup de footballeurs évoluer, qu’est-ce qui fait la différence au plus haut niveau entre un mec qui va exploser et devenir un crack et un footballeur qui va rester « moyen » ?

Je pense qu’il faut déjà mettre de côté les Zidane, Ronaldo, Messi, Platini, Pelé, Ronaldinho etc… Ça c’est du vrai talent hors-norme. Après il y a le travail et le meilleur exemple c’est Jean Pierre Papin. Quand il arrive à Marseille il ne sait pas mettre un pied devant l’autre, rate tous ses tirs et est surnommé « JPP : Jean peux Plus ». Mais c’est aussi et toujours le dernier à quitter la séance d’entraînement. Chaque jour il reste 45 minutes de plus que les autres pour frapper au but. Et à force de bosser il réussit en match ce qu’il travaillait à l’entrainement.

Après, pour réussir il faut aussi être entouré par le bon entraîneur, le bon agent qui te fera faire les bons choix de carrière qui te permettront de faire ton trou. On en revient un peu au métier de chacun à savoir que l’essentiel est de durer. Le thème de ton interview c’est la réussite à l’échelle d’une vie. Est-ce qu’il vaut mieux faire parler de soi une saison ou faire une carrière plus honorable de 25-30 ans ? Est-ce qu’il vaut mieux être une Nabilla qui va tomber aux oubliettes, ou être un Hubert Félix Thiéfaine qui remplit tous ses concerts sans être vraiment médiatisé ? Pour moi ce genre de gars a réussi. Il n’a pas seulement fait un coup une fois dans sa vie mais a réalisé une œuvre complète.

Pour toi, une méga-star comme Diego Maradona a donc réussi sa vie? Sa vie privée est moins reluisante que sa carrière de footballeur… 

Maradona sera toujours cité dans les 5 plus grands joueurs de l’histoire. Mais il a payé le prix de son talent, de sa notoriété, en se noyant dans l’alcool et la drogue. Je pense en effet qu’il est l’un des plus malheureux aujourd’hui.

Pour moi, le top de la réussite c’est Yannick Noah, qui a atteint son rêve le plus fou de gagner Rolland Garros et qui est devenu après sa carrière sportive, l’un des chanteurs français les plus populaires. C’est un beau mélange de talents innés et de beaucoup de travail.

On vient de parler de la réussite d’un sportif ou d’un chanteur. Qu’est-ce qu’une réussite de journaliste sportif?

Dans le foot, à la télé, ça restera Thierry Rolland. Qu’on aime ou pas, il aura fait près de 50 ans de carrière. Le problème dans ce métier c’est qu’on veut tout, tout de suite. On veut s’attirer le feu des projecteurs, on veut faire les plus belles émissions, les plus grands matches sans même avoir tout le bagage, toute l’expérience requise. On oublie que le plus important c’est de durer, sans décliner, en restant constant. A titre personnel peut-être que j’ai raté des wagons mais ma satisfaction c’est d’être toujours là après plus de vingt ans et de faire mon métier avec passion. D’être également intègre, de pouvoir me regarder dans la glace contrairement à tous ceux qui n’ont pas été « réglo » dans leur carrière. Je pense que je ne suis ni adulé, ni détesté. J’ai une petite notoriété qui se traduit par quelques compliments de temps en temps venant d’abonnés de ma chaîne, quelques demandes de photos et autographes de la part des vrais fans de foot. Je ne fais pas de vague, peut-être qu’on considère que je suis trop lisse mais ça me va et c’est ce que m’a transmis l’école « Canal Plus » à mes débuts : la star c’est le football, le match, les équipes, pas le commentateur ! Il n’y a pas très longtemps, alors que je demandais pourquoi on avait préféré mettre à l’antenne un confrère plutôt que moi, j’ai reçu cette réponse cinglante : « oui mais tu sais, lui, il se fait souvent critiquer voire insulter sur les réseaux sociaux, pas toi !!! ».

Quelles sont les grandes satisfactions de ta carrière?

D’avoir fait ce que j’ai voulu faire dans le média qui me semble très objectivement le meilleur de tous. J’ai travaillé avec de grands professionnels et d’anciens grands joueurs. Ma satisfaction c’est de n’avoir aucun regret, aucune amertume.

C’est d’être avec la femme que j’aime depuis 13 ans, d’avoir un enfant, de ne pas me demander comme 90% des français comment je vais boucler financièrement la fin du mois. Sans avoir gagné beaucoup d’argent, j’ai un métier qui m’assure un petit confort et une relative sérénité sur ces questions-là. J’ai la chance d’avoir pu voyager, découvrir plein de pays dont certains uniquement grâce à mon métier.

Ma réussite c’est également d’entendre des jeunes qui me disent que je suis leur commentateur préféré. Ce n’est pas de la vanité mais plutôt une grande fierté et surtout un grand plaisir de se dire qu’on a servi à quelque chose.

Pour finir, aimerais-tu donner des conseils aux lecteurs et lectrices et en particulier aux futur (e)s journalistes ?

Oui d’abord de croire en ses rêves. On est dans une société qui nous met des barrières, qu’elles soient familiales, scolaires ou institutionnelles. C’est une bêtise. Si vous voulez aller quelque part, allez au bout de cette idée. Pour le journalisme, je vois trop de personnes conseiller aux jeunes de commencer par être généraliste. Mais non, si vous êtes fan de cinéma, d’équitation ou de vélo, mettez-vous à fond là-dedans. Si vous êtes doué, vous deviendrez le spécialiste de votre domaine.

Le second conseil que je redonnerais c’est d’être patient. Il ne faut pas tout de suite vouloir imposer sa griffe. Quand on commence on est rien et on peut vite se griller. On se façonne par l’expérience.

Pour finir, un conseil plus général qui est un cliché mais qui est vrai, c’est qu’on a qu’une vie. A partir de ce postulat, il ne faut pas repousser au lendemain et faire tout ce qui est faisable et réalisable. Je veux dire qu’il n’y a rien de plus agaçant selon moi que quelqu’un qui me dit « j’adorerais écrire mais tu te rends compte la galère avant d’être publié ». On s’en moque ! Écris d’abord pour toi, remplis tes pages, ais la satisfaction de finir ton œuvre, d’exaucer ton rêve. C’est comme pour les voyages, on fait tous de superbes projets en se disant « il faudra qu’on se le fasse », mais il n’y a pas de moment propice à part tout de suite. Il faut passer à l’action, on a qu’une vie je me le répète sans cesse…

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Une réflexion sur “David Berger: « Dans ce métier, les imposteurs ne durent pas »

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