Philippe Gabilliet : « La meilleure façon d’attirer les opportunités, c’est déjà d’en être une soi-même ! »

610fb3398b2f6fef9c653bfa35c0bce82f95e07a

Philippe Gabilliet, 57 ans, est professeur de Leadership à ESCP Europe à Paris. Également conférencier et auteur, il a publié deux best-sellers, Éloge de l’optimisme (2010) et Éloge de la chance (2012) aux éditions Saint-Simon.

Qu’est-ce qui pousse un homme sain d’esprit à parler de chance et d’optimisme dans cette morosité ambiante ?

J’ai voulu comprendre quelle mouche avait piqué Philippe Gabilliet, et à savoir, plus sérieusement, comment nous pouvions tous nous approprier ses idées.

Certains auraient envie de vous dire qu’on ne peut faire l’éloge de la chance car elle est liée au hasard, que la chance c’est la bonne étoile ; certains l’ont, d’autres non. Que leur répondez-vous ?

Ce que j’explique dans mon livre, c’est que pour réussir, il faut certes du talent et du travail, mais il y a une chose qu’on oublie de préciser, c’est que pour réussir il faut aussi de la chance. Et que contrairement à ce qu’on en pense, par expérience, je me rends compte que la chance est non seulement une compétence, mais aussi une compétence qui se travaille. Je veux dire que ceux qui ont de la chance à répétition en sont responsables, et ceux qui ont des coups durs à répétition en sont aussi responsables, du moins partiellement.

Si on regarde de près, on se rend compte que les gens chanceux ont une capacité à créer autour d’eux un environnement favorable. Coluche disait à ce sujet « avoir de la chance, c’est avoir la capacité à gagner les concours de circonstances ». Je pense que c’est exactement ce qu’on peut apprendre à faire dans son quotidien, professionnel ou privé. C’est à travers ce que je fais, dis et choisis, que je vais déclencher l’apparition d’occasions, de bonnes rencontres, d’opportunités d’affaires, etc…

Tout le monde peut apprendre à attirer la chance en adoptant les bonnes postures.

Quelles sont ces bonnes postures ?

En premier lieu, il faut adopter une posture d’ouverture. Celui qui vit dans la routine ne rencontre que très rarement les opportunités. Ces dernières détestent les systèmes qui tournent en rond. Il faut donc savoir sortir de ces routines et s’ouvrir au monde extérieur.

La deuxième bonne posture consiste à être en interaction avec les autres. Je l’appelle la magie du réseau. Ça ne veut pas uniquement dire rendre des services et en obtenir, mais devenir celui ou celle qui met les autres en relation, celui ou celle qui créé les liens entre les autres, qui les aide. La meilleure façon d’atteindre ses objectifs, c’est d’aider les autres à atteindre les leurs. Tout comme la meilleure façon d’attirer les opportunités, c’est déjà d’en être une soi-même !

Le troisième point pour finir, c’est d’être conscient que la chance ne marche pas toujours. Il y a parfois des revers et des coups de malchance, mais gardons en tête que toutes les grandes réussites de ce monde ont été jalonnées de problèmes et de difficultés. Simplement il s’est passé quelque chose, les gens ont utilisé leur échec comme une matière première. Ils l’ont utilisé pour le transformer en projet.

La vraie chance n’est donc pas ce qu’il nous arrive, mais ce qu’on fait avec ce qu’il nous arrive. Ce qui est très différent.

On peut donc apprendre à développer sa chance. J’imagine qu’on la cultive aussi avec le bon état d’esprit. Dans votre précédent ouvrage Éloge de l’optimisme (sorti en 2010), vous dites que les grands optimistes sont des machines à fabriquer de la chance. Pourquoi avoir écrit ce livre et qu’avez-vous découvert sur l’optimisme?

Il y avait déjà une dimension provocatrice à parler d’optimisme dans cette période de crise que nous avons vécu et que nous continuons de traverser, ce qui m’a plu. Mais ce projet de livre émanait surtout d’une conviction profonde, celle que l’optimiste était – et restera toujours – le meilleur remède contre ce sentiment d’abattement général.

Quand j’ai commencé mes recherches, j’ai découvert des points de vue très drôles sur le sujet, comme cette citation de Georges Bernanos qui disait que « l’optimiste est un imbécile heureux, alors que le pessimiste n’est qu’un imbécile triste ».

J’ai également découvert que beaucoup d’études très sérieuses avaient été menées sur le sujet depuis trois décennies. On peut par exemple mesurer le degré d’optimisme ou de pessimisme d’une personne à la façon dont elle se souvient des problèmes qu’elle a eu dans sa vie. Trois critères ressortent de ces travaux :

La causalité : Certains s’attribuent leurs échecs à 100% alors que d’autres préfèrent prendre également en compte des circonstances extérieures.

La stabilité : il y a ceux qui se disent « J’ai eu une galère mais en plus ça va recommencer », alors que les autres préfèrent dire que « c’était temporaire, ça ne se reproduira pas. »

La globalité : Pour les pessimistes, les galères vont non seulement recommencer, mais contaminer d’autres sphères de leur vie. Elles sont le début d’une longue descente aux enfers. Les optimistes eux, pensent avoir eu une galère isolée dans un domaine limité, mais qui n’a vocation à concerner que ce seul domaine. Pas de risque d’extension de la malchance ou de l’échec !

Ce que j’ai pu constater, c’est que l’optimiste a finalement des problèmes, comme tout le monde, mais qu’il semble être à même de les relativiser plus rapidement et plus efficacement. Alors que le pessimiste, lui, tend à s’accabler et à ruminer. L’optimisme ce n’est donc pas toujours ce qu’on croit. Ce n’est pas une sorte de « méthode Coué » un peu naïve ou le fait de ne voir la vie qu’en rose. C’est plutôt être confiant dont la façon dont les choses évoluent ; c’est croire que les choses peuvent s’arranger toujours tôt ou tard, surtout si on les prend en mains.

Ne pensez-vous pas que l’on ait aussi besoin d’une certaine forme de pessimisme pour avancer? Je ne sais plus qui a écrit : « optimiste et pessimiste sont nécessaires à la société, l’optimiste invente l’avion, le pessimiste invente le parachute ».

J’allais justement y venir. Ce qui est condamnable, c’est le pessimisme radical et permanent, parce qu’il conduit immanquablement au cynisme et au renoncement. Mais si on prend en compte le chemin et le but alors un pessimisme bien compris peut tout à fait avoir sa place.

Si on est par exemple un optimiste de chemin et de but, on aura tendance à penser à la fois qu’on va réussir et que la route sera facile. C’est là que je mettrais une nuance. Je pense que la meilleure posture, encore plus en temps de crise, c’est le pessimisme de chemin appuyé sur un optimisme de but. C’est-à-dire d’avoir conscience que le chemin sera long et difficile, mais qu’au bout, malgré les obstacles, on réussira.

En ayant conscience que le chemin s’annonce très rude, comment pouvons-nous développer un optimisme quant au but, quant à la certitude de la réussite finale de nos projets ?

En prenant tout de suite des décisions de vie qui vont commencer à changer les choses. Même un tout petit peu, même à la marge. L’optimisme, c’est le pouvoir de faire plutôt que de ne rien faire, c’est le pouvoir de dire oui aux opportunités qui se présentent.

On a souvent besoin d’une prise de conscience, et la meilleure question pour cela, c’est de se demander: « c’est comment de vivre avec moi ? ». Mes amis, ma famille, ma femme, mon mari, mes collègues, à quel spectacle assistent-ils au quotidien ? Ce n’est que du bon sens. L’optimisme se travaille pour soi et avec les autres. On peut décider un jour de reprendre le contrôle sur son esprit, sur ses pensées. On ne naît pas pessimiste. Un bébé est optimiste : il ne renoncera jamais à marcher et à parler tant qu’il n’y sera pas parvenu. Le pessimisme ne va prendre ses marques qu’après, du fait des événements vécus et de l’éducation, bien que celle-ci ait heureusement – malgré son caractère parfois inhibant – plein d’autres avantages…

Pour finir, je crois qu’il faut toujours se concentrer sur ses points forts. Une personne positive est obsédée par ses points forts, mais aussi ceux des autres et du monde qui l’entoure. On n’a jamais vu personne réussir quelque chose en s’appuyant sur ses carences, ça n’existe pas. Nous avons beaucoup plus d’énergie à mettre sur nos qualités. Identifions nos leviers et la réussite en découlera.

Plus facile à dire qu’à faire comme on dit…

Si je l’ai fait, pourquoi pas vous ? Je vais vous faire une vraie confidence, j’ai d’énormes carences intellectuelles et j’ai attendu un âge assez avancé pour devenir un « bon élève ». Je souffre depuis ma plus petite enfance de dyscalculie (équivalent de la dyslexie, mais pour les chiffres). Bref, je ne sais quasiment pas compter ; je m’arrête à l’addition et à la soustraction. Je n’ai jamais maîtrisé les informations numériques et les fonctions abstraites. Vous imaginez le cauchemar scolaire, pendant plus de dix ans, que ce soit en mathématiques, en physique, etc. C’est notamment pour cette raison que je n’ai jamais accepté de poste de direction sans être sûr d’être entouré par des collaborateurs de confiance sur tout ce qui touchait la gestion. Car je savais qu’il me fallait compenser cette carence par l’excellence de ceux qui étaient à côté de moi, mais étaient peut-être, de leur côté, moins imaginatifs et bons communicants que moi…

Quand vous pensez qu’il y a vingt-cinq ans, on m’a un jour demandé d’animer une formation en gestion financière pour des commerciaux! Je m’en souviens encore, j’avais dû apprendre les contenus sur le bout des doigts, récitant des formules et calculs que j’avais appris par cœur! (rires). C’est bien sûr un très mauvais exemple à ne jamais reproduire, mais qui vous prouve une fois encore que tout est possible.

S’accepter tel que l’on est, c’est ça la clé ?

Ça va plus loin que ça, c’est développer l’amour de soi afin de mieux aimer les autres. Je dis souvent en plaisantant à mes deux filles qu’après moi, elles sont les deux personnes que j’aime le plus au monde ! Il n’y a rien de malsain dans cette idée. Afin de pouvoir les protéger le plus longtemps possible, je dois m’occuper de moi, me maintenir en forme; c’est par cette attitude que je resterai en mesure « d’énergiser » les autres. Quand les masques à oxygène tombent du plafond en cas de dépressurisation d’un avion, on demande bien aux parents de mettre leur masque en priorité afin de pouvoir ensuite prendre soin des plus jeunes ou des plus faibles.

La recherche du bonheur ?

Je n’ai jamais pu m’y intéresser vraiment. Je trouve que l’interrogation n’a pas d’intérêt. Pour moi, le bonheur est une construction personnelle, et un horizon qu’on n’est pas obligé de chercher. C’est un terme que l’on met en plus à toutes les sauces. On parle même maintenant de bonheur au travail, là où des notions telles que « satisfaction » ou « bien-être » suffiraient amplement. L’entreprise n’a pas vocation à nous rendre heureux (ni malheureux, d’ailleurs). Si on y est épanoui c’est déjà très bien.

Vous avez dit dans une autre interview que l’intellectuel a tendance à être seul et isolé. A l’inverse, on connaît tous cette maxime qui dit que « l’imbécile est heureux ». L’intelligence et le bonheur sont-ils compatibles? Faut-il nécessairement être limité intellectuellement pour s’épanouir ou à l’inverse l’intelligent a-t-il plus de chance d’accéder au bonheur ?

Je suis tombé récemment sur un ouvrage de psychologie intitulé « Trop intelligent pour être heureux ? ». En fait, je ne m’étais jamais vraiment posé la question. Le sentiment de bonheur n’est pas selon moi un problème d’intelligence mais de sensibilité par rapport au monde. Les gens qui se sentent heureux vivent des événements (même malheureux) qu’ils arrivent à positiver, mais surtout auxquels ils parviennent à donner un sens et dont ils se sentent (du moins en partie) responsables. Comme je le disais, le sentiment de bonheur est une dimension très subjective que nous construisons, sachant que pour moi, intellectuel ou pas, ce sentiment passe obligatoirement par le partage (je ne vois pas – en ce qui me concerne – comment je pourrais être heureux seul…) et par la croissance (avoir le sentiment de grandir, et de faire grandir).

Pourtant, une étude du généticien David Lykken tend à prouver que notre niveau de bonheur est déterminé à 50% par nos gênes !

Cette idée est apparue depuis bientôt vingt ans dans les écrits de psychologie positive et fleurit aujourd’hui sur le Net au fil des blogs. Franchement, j’ai toujours été très sceptique sur les résultats de cette étude, effectuée sur plusieurs centaines de jumeaux suivis sur le long terme par des chercheurs. Tout cela me semble flou et fondé sur des bases scientifiques indémontrables. Cela dit, je suis d’accord pour dire que la génétique joue un rôle dans notre tempérament. Le cerveau pilote par exemple la sécrétion de sérotonine, ce qui déclenche nos émotions, sentiments. 15% des gens sont par exemple de gros porteurs génétiques de sérotonine, à savoir qu’ils récupèrent mieux face aux événements. Là je suis d’accord. Mais ce qui ne colle pas dans l’étude dont vous parlez, c’est le chiffre de 50%. C’est présenté comme une évidence, mais moi je n’y crois pas. Je crois plutôt en l’apprentissage. L’être humain a des circuits d’apprentissage qui ne s’éteignent jamais. On peut apprendre jusqu’au dernier jour de notre vie. Alors qu’un chien ou un singe ne peut plus rien apprendre de nouveau passé un certain âge. Nous, homo sapiens, nous gardons nos structures adolescentes d’apprentissage (et donc de croissance) tout au long de notre vie. Et ça, c’est LA bonne nouvelle.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s