Marielle Blanchier: « Je n’ai pas répondu à des pulsions sexuelles primaires »

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Avant, Marielle Blanchier était cette étudiante diplômée du King’s College et de l’ESSEC, puis cette jeune ingénieure commerciale dans l’industrie pharmaceutique.

Mais ça, c’était avant. Avant la naissance de ses deux premiers enfants, des jumeaux. A partir de ce jour, Marielle Blanchier se découvre une passion pour la maternité et les enfants. Elle décide de tout plaquer pour les élever et agrandir la famille. Un troisième bébé naîtra, suivi d’un quatrième, puis d’un cinquième, puis d’un sixième (…).

Aujourd’hui, Marielle Blanchier, 46 ans, est mère de 13 enfants !

Son choix, elle l’assume, il est le « le fruit d’une vraie réflexion ». Elle en tire un livre en 2013, Et ils eurent beaucoup d’enfants, aux éditions Les Arènes, dans lequel on apprend entre autres que ses petits gloutons absorbent 36 baguettes de pain par semaine.

Bien qu’elles soient croustillantes, je me suis moins intéressé à ces anecdotes qu’à la philosophie de vie de cette femme. Pourquoi avoir eu autant d’enfants ? Trouve t-elle encore du temps pour elle-même et son couple ? N’est-elle pas un cliché « catho » de la famille nombreuse ?

J’ai rencontré Marielle Blanchier chez elle, à Sceaux, en banlieue parisienne.

Quels sont les grands plaisirs à être la maman d’une famille si nombreuse?

C’est de voir ses enfants sourire le matin. Ils ont une espèce de spontanéité, de facilité dans la vie. C’est émerveillant. Malgré les angoisses à l’idée de ce qu’ils vont devenir, à court terme c’est magnifique.

Bien que ce fut une révélation, la maternité a été pour moi un vrai apprentissage. Je n’ai pas été maternelle dès le début avec les premiers, je ne savais pas que j’allais en avoir autant, le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’était pas une évidence. Mais aujourd’hui ils remplissent ma vie.

Vous n’avez pas peur de manquer de présence pour chacun?

Non. Les enfants viennent un par un et mes aînés n’ont plus besoin qu’on leur change leur couche. Ils ont besoin d’indépendance et je le respecte. Il y a quelque chose de naturel dans le lâcher prise avec mes enfants. J’essaie de ne pas les couver, je leur laisse beaucoup de liberté en fonction de leurs besoins, âge et caractère, mais une liberté constructive qui leur permet de grandir. Et ça n’empêche pas qu’il y ait une vraie place de qualité pour chacun à chaque moment.

13 enfants… j’imagine que vos journées sont bien remplies ! Vous vous laissez du temps pour vous ?

Qu’est-ce que s’occuper de soi? Pour certains c’est faire je ne sais quoi seul, pour moi non. Je n’ai pas l’impression de perdre mon temps, quand on fait ce qu’on aime, on est dans son temps à soi.

Si j’ai vraiment besoin de me ressourcer, j’ai généralement 2 heures de calme par jour entre 13 heures et 15 heures, pendant la sieste des plus petits. Pour le sport, les grossesses et le ménage quotidien me suffisent (rires).

Dans une récente interview, vous avez dit que votre devise était : « bien faire et laissez dire ». C’est à dire? 

Quand on a beaucoup d’enfants les gens ont plein d’idées préconçues, ils croient savoir ce qui est bien ou mal. Moi j’essaye de faire mon maximum, de bien faire par rapport à ce que je crois être bien, sans porter mon attention à ce qu’il peut se dire.

Pour beaucoup de gens, le regard des autres est très lourd. Je pense qu’il faut s’en affranchir, l’expérience aidant.

Vous y êtes arrivée ?

Pas complètement, c’est un travail de longue haleine. Ce qui me dit que je suis sur le bon chemin c’est que je n’ai pas l’impression de devenir aigrie et renfermée. Je suis au contraire très ouverte, assumant parfaitement mes choix. Je pense d’ailleurs qu’avoir fait ces choix un peu décalés fait réfléchir plein de gens sur leur propre vie. Je crois qu’on renvoie beaucoup de choses, nous sommes tous des jalons pour d’autres.

Marielle philosophe? Vous avez une deuxième maxime : « Vos enfants viennent à travers vous mais non de vous. Bien qu’ils soient avec vous, il ne vous appartiennent pas ». 

Les premiers enfants on les a pour soi. Il y a quelque chose d’égoïste, on les veut, on en a besoin. A partir du sixième ou du septième, on se dit qu’on a une belle famille, qu’on pourrait s’arrêter là. Moi j’ai eu rapidement le sentiment que je devenais responsable d’une non vie à ne pas poursuivre. Alors j’ai choisi de continuer à donner la vie et quand on voit la tête de tous ces petits, on se dit qu’ils ont l’air quand même super heureux d’être là. C’est un magnifique cadeau pour eux que de leur donner la possibilité de vivre.

Quel est le rôle du père ?

Je pense que nous les femmes sommes très différentes des hommes, ne serait-ce qu’au niveau physiologique. Pierre est quelqu’un de stable, il apporte une espèce de force tranquille, sa présence est rassurante.

L’équilibre dans le couple est assez difficile et subtil mais déterminant à trouver car avant de réussir ses enfants et sa famille il faut déjà réussir son couple.

Qu’est-ce qui fait que le vôtre fonctionne ?

L’écoute de l’autre et de la différence. Nous, nous essayons d’être attentifs à ce qui est important pour l’épanouissement de l’autre.

Le pardon est également essentiel. Chaque couple peut se blesser mutuellement au quotidien sans s’en rendre compte. Si on ne s’arrête pas sur l’hypersensibilité de l’autre, qu’on n’essaye pas de le comprendre, cela fait des dégâts. A l’inverse l’énergie que donne la compréhension est incroyable. Ce que peut accomplir un homme ou une femme est beau, mais ce qui est accompli à deux est tellement plus fort.

Qu’avez-vous à dire à ceux qui vous voient comme un cliché « catho » de la famille nombreuse ?

Si je vis cette vie-là, ce n’est pas parce que j’ai besoin de répondre à des pulsions sexuelles primaires ou que la doctrine de l’église m’interdit la contraception. C’est une véritable réflexion, chemin de vie, recherche de la vérité.

Je pense que ma différence renvoie beaucoup de personnes à leur propre peur, la peur de prendre eux aussi un chemin extrême hors des sentiers battus et pas forcément avec beaucoup d’enfants.

Une femme au foyer épanouie… Ce n’est pas trop l’image de la réussite!

Oui parce qu’une carrière professionnelle c’est une place dans la société. Dans un monde de surconsommation, un bon poste dans une multinationale est très rassurant. Même sans parler d’emploi, je suis atterrée de voir l’image de la réussite qu’on associe aux études. On obtient un master et on croit que la réussite est acquise. Rien n’a pourtant commencé.

Quelque part on a vu avec les suicides qu’il y a eu chez Orange que quant on est obnubilé par sa réussite professionnelle, on a rien à se raccrocher à côté.

La vraie réussite, chacun doit la chercher. Pour moi c’est d’abord l’accomplissement de la personne. Les relations, les liens tissés jouent un rôle fondamental.

Vous vous sentez «en réussite » ?

Vu de l’extérieur je sais que notre façon de vivre est très enviée et admirée par certains. Mais est-ce admirable de répondre à ce que l’on doit faire, à ce pour quoi on est fait ?

L’important c’est de trouver sa place. Quand on la découvre, on arrête enfin d’être jaloux du voisin qui entre-guillemet « réussit ». On devient même heureux pour lui.

Pour beaucoup de personnes, les choix sont faits en fonction de la politique de l’État, de leurs parents, de leurs amis. Ils sont trop en attente de l’extérieur et ne se mettent pas en mouvement. Pourtant les solutions ne sont qu’en eux.

La vie est belle?

Oui ! Trop de gens pensent que la vie est dure, compliquée, injuste. C’est vrai mais c’est parce que la vie est belle et mérite d’être pleinement vécue  que les hommes auront envie de s’engager pour réduire les injustices dans le monde.  

Maxime Aubin 

Photo © Elodie Ratsimbazafy

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