Journée internationale des migrants à Marseille : « Laissez passer les sans- papiers ! »

250 millions. C’est le triste record du nombre de migrants dans le monde en 2015, selon les derniers chiffres de la banque mondiale. Parmi eux, plus d’un million ont rejoint l’Europe en provenance d’Afrique, de Syrie ou d’Irak. Face à ces afflux répétitifs, imprévisibles et complexes, l’ONU a proclamé le 4 décembre 2000 la tenue d’une « journée internationale des migrants », organisée le 18 décembre de chaque année. A Marseille, l’événement préparé par un collectif associatif a rassemblé une centaine de personnes ce vendredi.

 

migrants-mer-mc3a9d-2.jpg

Selon l’ONU, la Journée internationale des migrants est « l’occasion de dissiper les préjugés et de sensibiliser l’opinion à leurs contributions dans les domaines économique, culturel et social (…) En cette année 2015, la communauté internationale doit se réunir et se souvenir des réfugiés et des migrants qui ont disparu en tentant d’arriver à bon port après de pénibles voyages à travers les mers et les déserts ». Cette année a en effet une saveur particulière, ou plutôt un goût amer. Jamais l’humanité n’avait connu pareilles migrations.

Erythréens, soudanais, égyptiens, syriens, irakiens, tous ont dû fuir la guerre ou les répressions politiques. Plus de 5000 migrants ont ainsi déjà perdu la vie, souvent par noyade, en tentant de rejoindre l’Europe sur des bateaux de fortune.

« Les papiers d’identité sont un outil de contrôle de la population »

 

A Marseille, un collectif associatif composé de la CIMADE (comité intermouvement auprès des évacués), d’Amnesty international et de la ligue des droits de l’homme, a décidé de sensibiliser les habitants de la cité phocéenne. Vendredi, devant l’Ombrière du vieux port, avait lieu un spectacle commémoratif en présence de jeunes réfugiés. L’événement a débuté par une minute de silence respectée scrupuleusement, puis par la lecture de poèmes, écrits dans leur majorité par des familles de migrants.

Jean-Pierre Cavalier, délégué régional de la CIMADE, en a profité pour interpréter à la guitare une chanson intitulée « laissez passer les sans-papiers ». Car selon lui, « les papiers sont un outil de contrôle de la population. Ils ont été généralisé sous le régime de Vichy, pour ficher les juifs ». « Personne n’a en réalité besoin de papier ! Nous sommes tous des êtres humains et c’est déjà bien suffisant pour être égaux » a t-il insisté, tout en pointant du doigt l’article premier de la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, affichée en gros caractère sur une pancarte : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

La fraternité justement, symbole de la discorde. De nombreux pays européens ont récemment fermé leur frontière ou érigé des murs « anti-migrants », comme en Hongrie par exemple. Face à cette situation, les organisateurs de l’événement ont choisi le symbole plutôt que la dénonciation. Le public était ainsi invité à faire tomber un mur géant de carton, et à le remplacer par un pont.

Chaque spectateur s’est aussi vu remettre une assiette jetable, sur laquelle était inscrit la mention « voleurs », « profiteurs », « invasion » ou « coûtent cher ». Autant de préjugés qui ont volé en éclat lorsque tout le monde a été invité à jeter son assiette au sol.

 

IMG_2590.JPG

« Bastonné avec des matraques » 

La manifestation a été pour nous l’occasion de rencontrer Karim, jeune guinéen âgé de 16 ans. Pris en charge par l’association ADDAP13, accueillant les réfugiés mineurs, le jeune homme a quitté la Guinée Conakry avec son

grand frère il y a 3 mois, fuyant les persécutions du régime d’Alpha Condé, le président du pays, envers sa famille. Les ennuis des deux frères ont débuté à leur arrivée en bus au Maroc, un pays qui interdit strictement à ses citoyens d’héberger des migrants. « On devait se cacher la nuit, ou dormir dehors quand personne ne nous offrait un toit. (…) Mais un jour on a été arrêté. Ils nous ont bastonné avec des matraques. J’ai réussi à prendre la fuite seul, laissant mon frère et mes amis derrière moi ».

« Un voyage par la mer que je ne souhaite pas à mon pire ennemi »

Karim a ensuite pris un bateau pour Ceuta, cette enclave espagnole située à la pointe du Maroc. Il restera là-bas quelques semaines avant de prendre un bateau pour le continent espagnol. « Un voyage par la mer que je ne souhaite pas à mon pire ennemi ». Il finira par être accueilli à Madrid, avant d’arriver en France à cause de la barrière de la langue. A Marseille, Karim aimerait reprendre une vie normale. Il se rêve même plus tard « en défenseur des droits de l’homme ». Mais comment un adolescent pourrait reprendre une vie normale après de tels traumatismes ? Karim nous confiera finalement être très inquiet, car toujours sans nouvelle de son frère et de ses amis.

La journée internationale des migrants à Marseille s’est malgré tout terminée dans la bonne humeur, rythmée par la musique africaine et les danses endiablées de quelques jeunes réfugiés. Une manifestation qui s’est poursuivie dans la soirée par un concert au Nomade Café, puis tout le samedi autour d’une table ronde sur les initiatives d’accueils des réfugiés, d’une projection de film au local de la CIMADE et d’événements musicaux. Car pourtant il faut vivre chantait Daniel Balavoine…

Maxime Aubin

/Photos newsofscs et Maxime Aubin

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s