François-Xavier Bellamy: « Se cultiver, c’est sortir de la barbarie »

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Adjoint au maire de Versailles à l’âge de 22 ans, enseignant en philosophie à 23 et auteur de son premier best-seller à 29. La carrière de François-Xavier Bellamy file sur les chapeaux de roues. Je lui ai posé 5 questions afin de mieux connaître l’homme et le contenu de sa pensée.

 

Pourquoi avoir choisi d’enseigner la philosophie ? 

Comme toute passion, ça ne s’explique pas forcément. Si je devais mettre des mots sur mes ressentis, je dirais que la philosophie apprend à s’émerveiller, à s’étonner. Tout ce qui nous parait normal et banal mérite en fait son intérêt.

Qu’est-ce que la réussite? Qu’est-ce que j’attends de la vie ? La philosophie nous apprend à formuler ces questions fondamentales et donc à faire des choix plus personnels, plus libres.

La société fuit ces questions existentielles. Notre passion pour la réussite matérielle est à la fois la cause et la conséquence de notre peur de la mort. Courir après l’argent c’est vouloir se protéger de la mort, se prémunir de l’inquiétude du lendemain. « Car au final quand la mort viendra, que reste-t-il ? » disait Verlaine.

 

En parcourant votre blog pour préparer cette interview, j’ai isolé des valeurs qui vous semblent chères  comme la vérité, la famille, l’éducation. Quand est-il ?

Je vous arrête tout de suite, j’ai une vraie phobie des valeurs ! Ce terme est tellement subjectif. Ce qui a de la valeur pour moi n’en aura pas forcément pour vous. Une photo de votre compagne à l’inverse aura une grande valeur pour vous, aucune pour moi.

La vérité n’est pas une valeur, mais une réalité commune. Pourquoi compte-t-elle ? C’est une immense question : est-ce qu’on peut vivre une vie réussie dans l’illusion ? Si je fuis l’idée de la mort, je suis dans l’illusion. Il n’y a pas de bonheur en dehors de la vérité.

Pour ce qui est de la famille, laisser quelque chose après son passage sur terre me semble un bel objectif. Fonder une famille, avoir des enfants et une descendance le permet.  La famille est aussi un lieu de développement personnel, de soutien, d’entre aide, importante dans la réussite d’une personne. On voudrait pourtant nous faire croire l’inverse. Il y a même une expression pour cela : « le self made man », l’homme qui s’est fait tout seul. Quelle absurdité ! Se faire seul, est-ce une réussite ?  Personne ne se fait seul, c’est un fantasme de la modernité.

 

Quel regard portez-vous sur l’école et l’éducation nationale en générale ?

Je pense que c’est un très bel exemple d’échec. Nous sommes dans une confusion des fins et des moyens, on donne à l’éducation nationale des fins qui ne sont pas les siennes. Le propre de l’enseignement c’est de transmettre. On doit venir à l’école pour comprendre, maîtriser, raisonner sur la complexité du vivant. Mais l’école d’aujourd’hui veut nous apprendre la morale, la citoyenneté etc… bref elle veut tout faire mais en oublie sa mission principale : enseigner et transmettre !

Quand on travaille avec des étudiants, un cours de morale ne sert à rien. Quand j’étais enseignant en zone sensible, j’ai plus appris à mes élèves le respect de la femme par la poésie que par une leçon de morale.

Se cultiver, c’est sortir de la barbarie. Quand on ne sait ni lire ni écrire, le monde devient hostile et je peux comprendre que cela créé de la violence. Le rapport conflictuel avec la langue est très dangereux.

 

Portez-vous le même regard critique sur notre société ? 

Oui, car elle est caractérisée par son incapacité à accepter la différence. C’est une société numérisée, où tout le monde est un chiffre et est condamné à réussir de la même manière. Mais une vie réussie est une vie singulière, libre. Selon Aristote « toute chose a un ergon, une fonction. » Par exemple la vertu du stylo est de bien écrire. Chaque homme doit lui aussi trouver sa propre vertu.

Je pense que nous sommes constitués de talents innés et acquis qui nous pousse à l’excellence dans un domaine. On a tous une façon de se réaliser, encore faut-il accepter d’être différent dans le monde de l’indifférence.

 

En faisant le parallèle avec votre métier, je trouve que cette citation résume bien le fond de votre pensée : « Un professeur a réussi au moment où son élève devient original ».

C’est vrai. A condition que l’on remplace « original » par « singulier ». Être original a un côté réactif. Je ne veux pas être comme tout le monde, mais je m’y soumets parce que j’y réagis. Une tenue peut faire que je suis original, pas singulier. Chercher la singularité chez quelqu’un, c’est chercher ce qui est unique, incomparable. Lorsqu’on prend conscience de la singularité de notre existence, on a plus besoin de chercher une originalité.

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