Quartiers Nord de Marseille: Marie n’a pas de kalash, mais des vaches !

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Marie Maurage deale des produits stupéfiants dans les quartiers nord de Marseille. Les lieux du trafic ? La ferme pédagogique de la Tour des Pins. Car l’agricultrice fait plutôt dans le fromage, et même dans le bio. Productrice passionnée depuis plus de 20 ans, elle nous a ouvert les portes de son exploitation insolite qui côtoie les barres d’immeubles HLM de la cité phocéenne.

 

 Je vous salue Marie

Elever Marie Maurage au rang de sainte ? Exagéré certes ! Mais du sens derrière la formule. L’agricultrice est une grande femme, qui a prit la tête d’une ferme pédagogique de 6 hectares, au pied de la cité. « Je suis arrivée il y a un an, il n’y avait rien. Il a fallu tout remettre en état ». La presque sexagénaire a remporté l’appel d’offres de la ferme de la tour des pins. Elle loue l’exploitation à la mairie de la ville pour une durée de 7 ans renouvelables, et vit aujourd’hui de la vente de ses fromages de chèvre, de vache et de brebis. Celle qui a un franc parler et un large sourire a fait le choix de vivre seule, ou presque. « Ma chienne est pire qu’un mari, quand je vais aux WC, elle me suit » plaisante t-elle.

Habitants du quartier, Biocoop, commerçants de Marseille, restaurateurs, ses clients ne manquent pas, mais quand on lui demande pourquoi elle ne vend pas sur les marchés, elle s’emporte : « C’est une mafia ! Je n’ai jamais vu ça. Des vendeurs de toutes les régions peuvent exposer, mais moi qui possède une ferme à Marseille, je n’y ai pas accès… C’est business et chasse gardée ». Pas de marché donc mais une production soutenue : 150 fromages par jour, avec une équipe de 3 personnes, dont une salariée et deux apprentis. Une ferme qui tourne à plein régime, mais qui accueille aussi son public. Les jeunes des écoles de la ville viennent chaque semaine observer et toucher leurs animaux préférés. « Cette ferme est là pour les enfants ! » dixit Marie.

« On croit que la vie est moche alors on la consomme. C’est du suicide »

Vous êtes bénie entre toutes les fermes 

« Aucune baston, mais des moutons », « de l’herbe à revendre », les jeux de mots sont aisés tant la ferme de Marie dénote dans le paysage. « Un projet improbable dans une ville improbable » nous confie t-elle. Un contraste qui lui plaît. La productrice, qui a quitté sa ferme du Briançonnais pour le béton marseillais sait pourquoi elle est là : « Une étude a prouvé qu’on mourrait plus jeune dans les quartiers nord que dans le reste de la ville. On mange industriel, trop salé, trop sucré, des aliments très bas de gamme. Pourtant, Marseille est la seule ville de France où il y a encore de l’agriculture, des fermes. Ça ne se trouve plus nulle part aujourd’hui ». L’agricultrice veut redonner le goût des bons produits et de l’agriculture biologique aux habitants du quartier.

Du bio et encore du bio donc, mais de quoi parlons nous précisément ? Elle qui est aussi présidente de Bio de Provence, l’association des agriculteurs bio de la région, nous donne sa vision de l’agriculture biologique : « C’est d’abord un cahier des charges strict, contrôlé annuellement et par surprise régulièrement. Il faut respecter le lien au sol, avec des animaux qui vivent au plus près de la terre. Les produits chimiques sont proscrits, pas d’OGM, pas de pesticides ». Avant d’ajouter « Et ça va même au delà. Pour moi, il faut être biocohérent. Savoir payer correctement ses salariés, leur proposer des conditions sociales respectueuses, etc ».

Priez pour nous, pauvres consommateurs

Femme réfléchie et engagée, Marie Maurage voit au travers de la consommation industrielle le reflet d’une société dénuée de sens, sans vision collective et sans espoir. « On croit que la vie est moche alors on la consomme. C’est du suicide ». Une société dans laquelle la production locale devrait retrouver ses lettres de noblesse : « Les quartiers nord ont été pendant longtemps les quartiers les plus riches de Marseille. La bastide de Montgolfier (bâtiment voisin de la ferme) appartenait à la famille du même nom. Ils l’ont habité jusque dans les années 70. A l’époque, les fermes environnantes dont la mienne nourrissaient toute la famille Montgolfier. Il faut revenir à quelque chose de cet acabit là avec une production locale, respectueuse de la nature ».

La convivialité est l’autre cheval de bataille de l’agricultrice. Elle qui promet d’organiser des banquets populaires dans sa ferme, rêve de revoir « ses beaux échanges à table ». « C’est de moins en moins évident, on mange de plus en plus en solo, son paquet de chips devant la télé. La cuisine et le plaisir de table sont les clés de voûte d’une structure familiale qui se délite ».

A la politique en laquelle elle n’a jamais cru, Marie préfère penser que seules les initiatives individuelles sauveront sa ville et son monde. « Les politiciens ? Parfois, j’en ferais bien du compost », charrie-t-elle, avant de conclure notre entretien par sa formule préférée : « Il vaut mieux conjuguer le verbe être qu’avoir ».

Maxime Aubin

*Photo Paris Match

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