Marseille: le trafic de drogue, rempart à la radicalisation ?

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Clichy-sous-bois, 27 octobre 2005. Zyed et Bouna, deux jeunes d’un quartier de la ville meurent électrocutés dans un transformateur EDF, après une course poursuite avec la police. La cité s’embrase, point de départ des émeutes de banlieue en France, obligeant le gouvernement De Villepin a déclaré un état d’urgence. Ville à contre emploi, Marseille est pourtant restée calme ces semaines-là.

Aujourd’hui de nouveau sous état d’urgence après les attentats du Bataclan, la France surveille de près ses banlieues. Mais à Marseille, la menace terroriste semble moins forte que dans les autres grandes villes comme Paris, Lyon, Nice ou Toulouse*.

Et si le trafic de drogue, pierre angulaire du fonctionnement des cités des quartiers Nord, constituait un rempart à la radicalisation ?


« C’est business first »

Marseille, deuxième communauté musulmane de France avec près de 250 000 musulmans. Le raccourci était tout trouvé. La ville serait exposée aux dérives fanatiques. Mais non, ou en tout cas pas plus qu’ailleurs. Pourquoi ? Selon Raphaël Liogier, sociologue et philosophe à l’IEP d’Aix-en-Provence, les profils susceptibles de commettre des attentats en France seraient attirés par le statut du « petit caïd : or à Marseille, il y a des débouchés offerts comme moyen de trouver cette reconnaissance, cette aura ». Ce débouché ? la drogue. Une tendance confirmée par Philippe Pujol, journaliste et auteur du livre La fabrique du monstre, 10 ans d’immersion dans les quartiers Nord de Marseille. « Le minot de quartier préfère aller gagner un peu d’argent dans le trafic de drogue plutôt que d’aller faire le jihad ».

« Trafic, pauvreté et identité protègent Marseille des djihadistes »

David Olivier Reverdy, délégué régional du syndicat de police Alliance, est sur la même longueur d’onde : « C’est business first. L’économie de la drogue fait vivre beaucoup de familles dans les cités, les personnes radicalisées se font donc virer des quartiers, car le terreau n’est pas fertile à Marseille, une ville où le trafic de drogue prend tout le temps et l’énergie des jeunes. Ceux-ci n’ont pas besoin de trouver un sens à leur vie en partant en Syrie, leur vie tourne autour de la drogue ».

L’emprise du business de la drogue sur les cités serait telle, que lors d’une descente de police récente dans le quartier de la Castellane, « le réseau a été annihilé pendant un mois. Le mois d’après, il y a eu 40% d’impayés de loyers en plus » confie Philippe Pujol.

Des profils restent inquiétants

Mais la drogue ne serait pas le seul antidote marseillais contre la radicalisation. Selon Philippe Pujol, les quartiers Nord représentent la zone la plus pauvre d’Europe. Et qui dit extrême pauvreté, dit tissu associatif intense à Marseille. Une solidarité qui exclut moins les pauvres qu’ailleurs, d’après Raphaël Liogier.

La forte identité marseillaise joue aussi son rôle selon l’imam Abdelaâli Kallab. « C’est une des rares villes de France où l’on se sent marseillais avant d’être musulman. Il y a un fort sentiment d’appartenance ».

Trafic, pauvreté et identité. Ce qui a fait la mauvaise réputation de la cité phocéenne la servirait aujourd’hui. Des propos à nuancer selon la préfecture de police, qui alerte sur « une menace qui reste forte. Des profils sont inquiétants ». Une observation faite aussi sur le terrain par David Olivier Reverdy : « Il y a peu de radicalisation en tant que telle dans les quartiers, mais il y a quand même une partie du trafic de stup’ à Marseille qui se fait discrètement pour financer des organisations douteuses ».

Maxime Aubin

* Chiffres présentés par Le Figaro, publiés par l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT), organe dépendant du ministère de l’intérieur

Photo: ladepeche.fr

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